Fusion Holcim-Lafarge: Des acheteurs grattent à la porte
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Fusion Holcim-LafargeDes acheteurs grattent à la porte

Après l'annonce de la fusion entre Holcim et Lafarge, des acheteurs pointent le bout de leur nez.

Les deux leaders mondiaux du ciment devront vendre certaines parties de leur entreprise pour ne pas entraver la concurrence. La plupart des ventes devraient se faire en Europe où les doublons sont les plus grands.

«Nous avons reçu beaucoup de propositions écrites de sociétés intéressées à reprendre l'ensemble du paquet ou des affaires dans quelques pays», a déclaré dans une interview à l'ats Thomas Aebischer, chef des finances d'Holcim. Les offres proviennent soit d'entreprises du secteur, soit d'investisseurs financiers comme des sociétés de private equity.

En annonçant leur fusion début avril, les deux groupes ont fait savoir qu'ils devraient céder des actifs s'élevant à 6 milliards de francs et représentant un bénéfice brut d'exploitation (EBITDA) d'un milliard. Environ deux tiers des affaires à vendre se trouvent dans le Vieux-Continent.

Pas de vente à de gros concurrents

«En Europe, nous avons des doublons en France et en Grande-Bretagne et dans une mesure moins importante en Allemagne», a ajouté Thomas Aebischer. Les gros concurrents des cimentiers st-gallois et français ne doivent avoir toutefois aucun espoir de mettre la main sur l'ensemble du paquet européen. «Pour des raisons de concurrence, c'est impossible», a précisé le directeur financier.

En dehors du Vieux-Continent, les ventes se feront au Canada, au Brésil, en Equateur et au Maroc. «On doit encore examiner la situation aux Etats-Unis», a expliqué M. Aebischer.

En Asie, une partie des affaires devra être vendue aux Philippines où il y a de nombreux chevauchements. Sinon, Holcim et Lafarge auraient dans ce pays, une part de marché de plus de 60%. En Inde et en Chine, les cimentiers sont en contact avec les autorités.

La fermeture d'usines et le licenciement de collaborateurs ne sont pas à l'ordre du jour, une fois la fusion effectuée. «Aucune usine ne sera fermée», a martelé M. Aebischer, corroborant les propos du patron de Lafarge, Bruno Lafont. Les usines vendues auront simplement un nouveau propriétaire. M. Aebischer ne peut pas dire combien d'employés seront concernés.

Doublons de fonctions

Plus que la fermeture d'usines, ce sont les doublons des fonctions entre les deux centrales qui préoccupent les employés. Les emplois seront partagés entre Paris et Zurich, siège opérationnel actuel d'Holcim. Le siège juridique du futur groupe LafargeHolcim se trouvera Jona (SG).

Malgré l'incertitude, les deux groupes n'enregistrent pas d'exode des forces de travail, a précisé le directeur financier. Au contraire, durant le mois et demi qui s'est écoulé depuis l'annonce de la fusion, beaucoup de collaborateurs ont participé au projet d'intégration.

Les deux leaders mondiaux du ciment se complètent bien en Afrique et dans le reste de l'Amérique latine et en Asie. Le regroupement donne accès à l'un ou à l'autre à des marchés où il n'est presque pas actif.

Présent dans 90 pays, LafargeHolcim dégagera un chiffre d'affaires de 33 milliards de francs, dont 60% dans les pays émergents. Le géant comptera 130'000 emplois.

Surcapacités

Aucune nouvelle usine ne sera construite car cela coûte très cher. L'expansion internationale sera terminée avec la fusion, a expliqué M. Aebischer.

La finalisation du regroupement entre Holcim et Lafarge est prévue au 1er semestre 2015. Les deux groupes s'attendent à des synergies de 1,7 milliard de francs, dont un tiers sera déjà réalisable la première année.

Les très grandes surcapacités des deux groupes posent un problème qui n'est pas résolu. Holcim possède une capacité de production de 206 millions de tonnes de ciment par an, alors qu'il n'en a vendu que 139 millions de tonnes en 2013. Lafarge possède à peu près les mêmes capacités.

Le creux de la vague devrait être atteint, a ajouté le directeur financier. «Nous nous attendons à ce que la demande s'accélère dans les prochaines années», ce qui va réduire les surcapacités. Aux Etats-Unis, une forte croissance est attendue. La situation devrait aussi s'améliorer en Europe et au Mexique. (ats)

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