Actualisé 11.11.2008 à 05:56

Colombie

Des adolescents recrutés par les groupes armés

Vieux de 40 ans, le conflit en Colombie pèse lourdement sur la population civile, en particulier sur les jeunes victimes du recrutement.

Des adolescents racontent les ruses des groupes armés pour les prendre dans leurs filets, de la banlieue de Bogota aux régions agricoles du département du Meta.

«Avec eux, on sent la mort partout, tout le temps», témoigne Paola*, 17 ans, qui a travaillé pour les paramilitaires comme recruteuse. A l'âge de 14 ans, elle s'est évadée de prison en sautant du 2e étage, sans savoir qu'elle était enceinte d'un chef de milice.

La jeune fille habite à Soacha, quartier pauvre au sud de Bogota. Les yeux apeurés derrière ses mèches de cheveux noirs, elle dit avoir tout arrêté quand son enfant est né. A nouveau enceinte, Paola se sent en danger car elle en sait trop sur les stratagèmes de ces groupes d'autodéfense qui proposent de l'argent aux jeunes défavorisés.

L'adolescente participe désormais à des ateliers pour jeunes mamans grâce à un projet de prévention contre le recrutement, coordonné par Diakonie, une oeuvre oecuménique allemande soutenue par le Service de l'aide humanitaire de la Commission européenne.

Des projets similaires existent dans le département du Meta, au sud de Bogota. La région dégage une image romantique, avec de bonnes terres agricoles et des paysages verdoyants. Mais elle fait toujours l'objet d'un conflit territorial exacerbé, même si le gouvernement colombien affirme en avoir globalement repris le contrôle.

Milices des villes, guérillas des champs

L'armée et la guérilla jouent au chat et à la souris, rapportent les autorités de la municipalité de Vista Hermosa. Malgré le processus national supposé entraîner leur démobilisation, les paramilitaires aussi sont très présents.

«Ils sont là, c'est clair!», confirme Alex Zarate, du service social, qui les définit plus prudemment comme des «groupes armés en marge de la loi, présumés paramilitaires». Ceux-ci sont actifs surtout dans les zones urbaines, tandis que les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, extrême-gauche) sévissent plutôt dans les zones rurales.

Le recrutement plane sur la jeunesse comme une épée de Damoclès: si les parents refusent de soumettre un enfant à un groupe armé, la famille doit fuir pour échapper à ses menaces.

A 9 ans déjà

Il y a en fait moins de recrutement qu'auparavant, mais les familles des victimes dénoncent davantage, indique le secrétaire général de la mairie, Hector Montoya. «Avant, elles étaient fières qu'un enfant rejoigne la guérilla. Maintenant, elles percoivent mieux l'ampleur du danger.»

Les adolescents piégés se retrouvent avec une arme dans les mains dès 12 ans, du côté des paramilitaires comme de la guérilla. Cette dernière recrute de plus en plus jeune, désormais dès 9 ans. Car à cet âge-là, les enfants savent déjà cuisiner et faire le ménage, ou peuvent servir de messagers.

Et s'il n'y a qu'un faible lien affectif au sein de la famille, voire de la maltraitance, il est facile pour les groupes armés de capter les jeunes en leur promettant monts et merveilles, explique une psychologue.

Les filles aussi

Une femme raconte s'être enfuie de Puerto Esperanza avec 70 familles. Avant ce déplacement, il ne restait guère qu'une poignée d'adolescentes dans ce village, toutes les autres étant parties avec la guérilla. Car les filles glissent aussi dans les filets des recruteurs, attirées par l'arme et l'uniforme ou séduites par des guérilleros.

Puerto Rico, au sud du Meta, est au coeur du conflit. Faute de moyens de subsistance, des jeunes se laissent emmener comme prostituées.

Les parents sont aux abois. «Nous ne pouvons plus aller pêcher à la rivière, nous avons peur qu'ils nous prennent nos enfants», explique une épouse de pêcheur, la voix nouée par l'émotion.

Beaucoup de jeunes ici ont recu des propositions ou ont vu des amis partir avec les recruteurs. Mais ils ont préféré rester avec leur famille et s'accrocher à l'espoir de poursuivre des études et de formuler un projet de vie.

* prénom fictif.

(ats)

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