Nouveau commerce: Des aliments périmés dans les caddies français
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Nouveau commerceDes aliments périmés dans les caddies français

La crise économique, le chômage et les budgets serrés font la fortune en France de commerces proposant à prix cassés des produits alimentaires proches de la date de péremption, voire carrément périmés.

Ces enseignes se multiplient dans les grandes villes.

«C'est la récession! Avec un Smic (salaire minimum, environ 1000 euros par mois) je dois faire attention», résume Saïd Benamida, père de famille, en chargeant ses courses dans le coffre de sa voiture, sur le parking commun à deux magasins de déstockage alimentaire à Argenteuil, une banlieue populaire du nord de Paris.

Dans ces deux magasins, La Ferme du Spahi et O'Merchato, grands entrepôts aménagés en supermarchés, sans décoration, des produits de grandes marques sont proposés à prix réduits: 60 couches- culottes pour un peu moins de 19 euros, quatre yaourts 1,69 euros. On trouve aussi de la viande à petit prix, souvent à consommer dans les deux ou trois jours, des fruits et légumes, des surgelés...

Deux semaines pour 100 euros

Ces enseignes se multiplient dans les agglomérations des grandes villes. Elles se fournissent en rachetant des marchandises dont les distributeurs ou les fabricants veulent se débarrasser, notamment parce qu'elles sont proches de la péremption.

La date limite de consommation ? «Moi je ne regarde pas, du moment que c'est pas les oeufs, à cause de la salmonellose», reconnaît Fatima, une intérimaire de 25 ans venue faire ses courses pour deux semaines, pour 100 euros. «Et puis tout le monde a déjà mangé dans sa vie des choses périmées. Avec la crise en ce moment on n'a pas trop le choix», juge-t-elle.

«Les produits se périment vite et on les mange vite», explique une jeune femme de 19 ans, accompagnée de sa mère, fonctionnaire. La famille fait attention à son budget alimentation: la priorité est de payer les études supérieures du fils aîné. «On se restreint sur le reste», dit la mère.

Face à l'essor de ces magasins, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a lancé une enquête sur l'étiquetage des dates de consommation.

Date d'utilisation dépassée

D'autres magasins vont encore plus loin. Ils proposent des produits qui ont dépassé la date limite d'utilisation optimale, une mention indicative sur les produits à longue durée de vie, comme les pâtes, les biscuits, les conserves ou les boissons.

Le dépassement de cette date, autorisé, peut altérer la qualité ou le goût de ces denrées, sans pour autant constituer un danger pour la santé du consommateur.

Le magasin Aux mille affair's, près de Troyes (est) propose par exemple pour des prix deux à trois fois inférieurs aux supermarchés classiques des aliments dont la date limite est dépassée depuis parfois plusieurs mois.

«Les gens ne retournent même plus le produit pour regarder la date. Ils ne regardent que le prix», constate la gérante, qui tient ce commerce depuis cinq ans et voit depuis peu les clients affluer.

«Du mal à s'en sortir»

Sa clientèle, ce sont «des retraités, des gens qui travaillent et qui doivent se serrer la ceinture parce qu'ils gagnent trop pour avoir des aides mais qui ont du mal à s'en sortir», dit-elle. Et la demande est là: sur les forums internet, les messages fleurissent pour demander les adresses de ces commerces.

Ce succès est conjoncturel, relativise le chercheur Raphaël Berger, du Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc). «Ce sont des magasins de crise. Rien ne dit qu'ils seront toujours aussi fréquentés lorsque la situation économique sera meilleure», affirme-t-il. (ats)

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