Mine en Turquie: Des arrestations dans l'enquête sur l'accident
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Mine en TurquieDes arrestations dans l'enquête sur l'accident

La police turque a arrêté 24 personnes dans le cadre de l'enquête ouverte sur l'accident qui a fait 301 tués cette semaine dans la mine de charbon de Soma. Trois des prévenus ont été mis en détention.

La police s'est déployée autour du palais de justice de Soma où les personnes interpellées étaient entendues dimanche. Le tribunal a décidé le maintien en détention de trois personnes, inculpées d'«homicide» pour avoir «causé de nombreuses morts». Leur identité n'a pas été précisée.

Dimanche, l'accès à la ville était verrouillé, des barrages ayant été mis en place sur les routes principales menant à la ville où toutes les manifestations ont été interdites.

Des ouvriers extraits de leur mine

Le gouverneur de la province de Manisa, Abdurrahman Savas, a précisé que parmi les personnes interpellées figurent notamment le directeur général de la compagnie minière et le directeur de la houillère, a rapporté la chaîne de télévision CNN Türk.

Indignation et colère

Au terme de quatre jours d'opérations rendues difficiles par les incendies et la présence de gaz toxique, les dépouilles des deux «gueules noires» encore bloquées sous terre ont été remontées samedi à la surface par des sauveteurs qui ont dans la foulée commencé à déserter les abords du puits dévasté.

L'accident de mardi, le plus meurtrier de l'histoire minière de la Turquie, a déclenché une vague d'indignation contre l'entreprise Soma Kömür Isletmeleri, accusée d'avoir privilégié la rentabilité au détriment de la sécurité de ses salariés, et relancé la colère contre le régime islamo-conservateur, soupçonné d'avoir couvert cette course au profit.

Des étudiants ont veillé tout la nuit de samedi à dimanche dans la faculté occupée des Mines de l'Université technique d'Istanbul en réaction à la catastrophe.

L'Université prend des mesures

Partant d'une simple protestation contre les liens de la l'Université avec la compagnie qui exploite la mine, l'action s'est transformée vendredi en occupation des lieux, après que des élèves ingénieurs se sont enchaînés aux portes de la faculté.

L'action a déjà porté ses fruits. L'université a annoncé qu'elle avait coupé ses liens avec les propriétaires de la Soma Komur qui siégeaient au conseil d'administration de la faculté.

Vendredi, les forces de l'ordre ont violemment dispersé, à grand renfort de gaz lacrymogènes et de canons à eau, 10'000 personnes qui s'étaient rassemblées à Soma pour exiger la démission du gouvernement du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.

Et selon l'Association des avocats, au moins 36 personnes, dont huit avocats, ont été brièvement interpellées samedi pour avoir tenté de faire une déclaration publique, en violation d'un ordre du gouverneur interdisant tout rassemblement.

Pas de détecteur de monoxyde de carbone

Même s'il a promis de faire «toute la lumière» sur ses causes, M. Erdogan a d'ores et déjà balayé d'un revers de main toutes les accusations de négligence. «Les accidents sont dans la nature même des mines», a-t-il plaidé.

Un quotidien turc affirmait samedi qu'un rapport préliminaire sur les causes de la catastrophe a pointé du doigt l'absence de détecteurs de monoxyde de carbone dans la mine.

«Dans un pays européen, le gouvernement aurait démissionné. Mais eux nous prennent pour des moutons !», a lancé un mineur à la retraite. «Ce n'est pas un coup du destin, c'est un meurtre», a renchéri un autre manifestant.

Mais à quinze jours du premier anniversaire de la vague de contestation qui a fait vaciller son régime, cette ligne de défense, jugée méprisante par l'opposition turque, a alimenté une nouvelle fronde contre le Premier ministre, à l'approche des échéances électorales.

Malgré un scandale de corruption sans précédent visant des dizaines de ses proches, le parti de M. Erdogan a remporté haut la main les élections municipales du 30 mars dernier. Le Premier ministre s'apprête à se présenter à l'élection présidentielle des 10 et 24 août prochain. (ats)

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