Actualisé 10.01.2012 à 22:16

Nigeria Des assaillants incendient une mosquée

Les troubles liés aux conflits religieux et aux manifestations contre la hausse des carburants, qui paralysent le pays, ont fait au moins dix-sept morts mardi au Nigeria.

Cinq personnes ont été tuées dans l'incendie d'une mosquée dans le sud chrétien et l'attaque d'un bar par des islamistes a fait huit morts.

Dans le nord-est, des islamistes présumés ont ouvert le feu sur les clients d'un bar de Potiskum, tuant huit personnes, dont cinq policiers, selon des témoins. Selon une source à l'hôpital huit personnes ont été tuées dont une fillette de 10 ans.

Fief du groupe Boko Haram, Potiskum est l'un des épicentres des violences anti-chrétiennes qui secouent depuis plusieurs semaines le nord du pays. La ville est située dans l'Etat de Yobe, où l'état d'urgence est en vigueur depuis le 31 janvier.

Des assaillants ont attaqué mardi et incendié en partie la mosquée centrale de la ville de Benin City, où au moins cinq personnes ont été tuées. Quelque 10'000 personnes ont fui la ville lundi en raison de ces violences visant des musulmans, selon la Croix-Rouge locale.

«Nous avons enregistré jusqu'à présent cinq tués (...) parmi les assaillants comme les assiégés», a indiqué Dan Enowoghomwenwa, secrétaire général de la Croix-Rouge dans l'Etat d'Edo, un Etat fédéré à majorité chrétienne.

Il faisait référence à l'attaque lundi d'une première mosquée à Benin City en marge d'une manifestation contre la hausse des prix des carburants. L'incident a eu lieu dans un quartier haoussa (ou fulani), une communauté nordiste musulmane.

Première attaque anti-musulmans

Les violences se sont poursuivies mardi, avec l'attaque de la mosquée centrale de cette ville d'un million d'habitants, capitale de l'Etat d'Edo. Une école islamique du complexe religieux ainsi qu'un bus ont été incendiés.

Il s'agit de la première vague de violences visant des musulmans dans le sud du Nigeria depuis la multiplication ces deux dernières semaines des attaques contre des chrétiens dans le nord musulman, revendiquées en partie par le groupe islamiste Boko Haram.

Des policiers et militaires patrouillaient mardi dans les rues de la ville pour tenter de prévenir de nouvelles violences. Le président Goodluck Jonathan a rencontré dans la capitale fédérale Abuja les principaux responsables de la sécurité du pays.

Milliers de manifestants

Des milliers de manifestants ont aussi été dispersés dans le nord et des barrages ont été érigés dans la capitale économique Lagos, au deuxième jour de la grève générale contre le doublement des prix du carburant dans le pays, principal producteur africain de pétrole.

Au moins six personnes ont trouvé la mort lundi lors de heurts parfois violents entre forces de l'ordre et manifestants dans ce pays le plus peuplé d'Afrique (160 millions d'habitants).

Le président Jonathan s'est attiré la colère des syndicats en annonçant le 1er janvier la fin des subventions à la vente des carburants pour des raisons économiques. Des dizaines de milliers de manifestants avaient défilé lundi dans les principales villes du pays. Mais la journée de mardi semblait moins violente.

Environ un millier de personnes ont commencé à manifester, aux rythmes de l'afrobeat, un genre musical très populaire dans le pays. Certains portaient une réplique de cercueil portant l'inscription «Badluck» (malchance), détournant ainsi le prénom du président nigérian Goodluck (bonne chance) Jonathan.

Crainte d'escalade

La police a toutefois lancé des grenades lacrymogènes sur des manifestants et a tiré en l'air mardi à Bauchi au nord du pays. Selon un habitant, «jusqu'ici aucune victime ou arrestation n'a été signalée».

Si l'activité était largement à l'arrêt dans les grandes villes, la production de pétrole, 2,4 millions de barils par jour, n'avait pas été affectée lundi par la grève, selon des responsables du secteur.

Cette grève générale illimitée, conjuguée aux violences interconfessionnelles, fait craindre le pire dans ce pays dont la population est répartie à parts égales entre musulmans, majoritaires dans le nord, et chrétiens, vivant surtout dans le sud.

Depuis les sanglants attentats du jour de Noël qui avaient fait au moins 49 morts, six nouvelles attaques contre des chrétiens ont fait plus de 80 morts. (afp)

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