30.07.2020 à 04:08

Genève

Des ateliers de mécanos garantis sans machos

Deux amies cyclistes proposent des cours non mixtes de mécanique sur vélo. Elles ont trouvé leur public.

de
Lucie Fehlbaum
Vélo

Alexandra a co-fondé la Bicyclette Bleue, association qui soutient le projet de La Véline. Elle montre ici 3 astuces en cas de pépin à vélo.

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«Je déplore mon manque de compétence en bricolage. C’est une question politique. Les femmes sont rarement habituées à pratiquer les travaux manuels. On ne nous apprend pas les gestes enfant et par la suite, il y a souvent un homme à proximité qui a plus de compétences, accepte ou préfère faire à notre place», regrette Anne. «Quand il s’agit de s’occuper de l’entretien des vélos, c’est mon mec qui s’y colle. On a deux garçons et je veux casser ce schéma de maman qui fait la popote et papa qui bricole», ajoute Joëlle.

Les deux femmes aiment le vélo. Elles ont la même envie, savoir réparer leurs bicyclettes seules, et partagent la même observation: les ateliers de mécanos accueillent très peu de femmes. «J’en ai suivi plusieurs. J’ai même habité avec un mécano vélo et je peine encore à être indépendante pour réparer ma bicyclette, assure Joëlle. Puisque je ne me sens pas à l’aise, je trouve une personne pour m’aider (pour le moment, toujours des hommes) et cette personne finit par faire le travail elle-même. Même constat chez mes amies.»

Cinq cours de 2h

L’idée d’un atelier sans homme cisgenre (ndlr: né avec des attributs masculins et se sentant homme) germe dans la tête d’Anne. «J’ai su que cela existait à Marseille par l’intermédiaire d’un podcast», mais il n’en existe pas à Genève. Ni une ni deux, avec Joëlle, elles créent La Véline. Leur premier projet: une série de cinq semaines de cours, donnés par des mécaniciennes. Au terme des ateliers, les participantes doivent être autonomes pour bricoler leur biclou.

La Bicyclette Bleue (BB), association cycliste de prêt de vélos longue durée, a mis Joëlle et Anne en contact avec les mécaniciennes, Laëtitia et Anne. Un ami a prêté son atelier. «Ce lieu est un vrai trésor, il y a plein de pièces à recycler et d’outils», saluent les deux organisatrices.

Les cours accueillent dix participantes, mais le double s’est inscrit. «On aimerait recommencer dans un cadre plus libre», confient Anne et Joëlle. Elles imaginent un atelier où l’on vient –en non mixité– réparer son vélo et se faire aider si besoin. En attendant, le premier cours a démarré hier soir. Les quatre autres auront lieu tous les mercredis, de 19h à 21h. «Les mécanos sont bénévoles et le prix est libre. L’atelier, les outils et des pièces de vélo, pour s’entraîner, nous sont prêtés gratuitement. La BB nous prête un centreur de roues. C’est une belle expérience collaborative!» se réjouit La Véline.

Rare de se retrouver entre femmes
Avec son atelier de réparation, la Véline est une des rares structures suisses proposant des cours en non-mixité. L’été dernier, l’association Powercoders a donné un atelier de codage informatique à Lausanne, à destination des femmes réfugiées. La Ville de Genève a offert en début d’année des cours de réseaux sociaux aux candidates pour les municipales, jugées peu présentes en ligne. À Vevey (VD), L’Espace Femmes propose des cours de français entre femmes, alphabétisées ou non, ou des rencontres autour de la grossesse.

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