Genève: Des bactéries pour créer un préservatif biodégradable
Publié

GenèveDes bactéries pour créer un préservatif biodégradable

Récemment primées, des étudiantes en médecine de l’UNIGE planchent sur un nouveau type de capotes, aux propriétés avantageuses pour la santé et respectueuses de l’environnement.

par
David Ramseyer
De gauche à droite: Khatiba Khatibi, Ezgi Gozlugol, Ezia Oppliger et Emma Jaques. En 3e année de bachelor à la Faculté de médecine de l’UNIGE, elles mènent actuellement des recherches pour créer un nouveau type de préservatif, biodégradable et non allergène.

De gauche à droite: Khatiba Khatibi, Ezgi Gozlugol, Ezia Oppliger et Emma Jaques. En 3e année de bachelor à la Faculté de médecine de l’UNIGE, elles mènent actuellement des recherches pour créer un nouveau type de préservatif, biodégradable et non allergène.

dra

Des préservatifs bons pour le corps et pour la planète: tel est le projet de recherche innovant sur lequel travaillent quatre étudiantes en bachelor de sciences biomédicales, à la Faculté de médecine de l’Université de Genève (UNIGE). Leur idée, présentée ce jeudi? Créer un contraceptif en cellulose bactérienne. Soutenu par l’alma mater et son Centre Maurice Chalumeau en sciences des sexualités, le projet «Ose!» n’en est qu’à ses débuts, loin d’une éventuelle commercialisation. Mais il semble prometteur.

Production locale et facile

Issue d’un banal processus de fermentation produit notamment par des bactéries naturelles, cette cellulose comporte en effet de nombreux avantages. Naturellement biodégradable, pure, elle ne provoque pas d’allergies, comme le latex en cause régulièrement. Dotée de propriétés antibactériennes, elle est aussi jusqu’à trois fois plus fine que les matières qui composent les capotes aujourd’hui sur le marché. «De quoi limiter très fortement la perte de sensations que peut parfois engendrer un préservatif en latex», souligne Ezia Oppliger.

Déjà utilisé dans la confection de veines sanguines artificielles ou de pansements, ce matériau, qui un jour peut-être protégera les ardeurs sexuelles de tout un chacun, a aussi pour lui d’être écoresponsable à plusieurs points de vue. Il peut être produit localement, assez facilement, sans frais élevés et infrastructures démesurées. Et ce, alors que le latex, issu de la sève de l’hévéa en Asie, nécessite d’être importé dans la majeure partie du monde. Sa version synthétisée ou d’autres matières utilisées pour confectionner les préservatifs actuels sont par ailleurs des dérivés pétroliers. «Encore plus écologique que la cellulose végétale puisqu’on évite d’abattre des arbres pour la produire», dixit Ezgi Gozlugol, la cellulose bactérienne affiche donc un bilan carbone très favorable.

Le chemin est encore long

Lancé en septembre dernier, le projet des chercheuses âgées de 21 à 25 ans se heurte cependant à plusieurs obstacles. Avant de penser à des tests sur l’être humain, «nous devons encore trouver la bonne formule pour obtenir la composition finale du matériau sur lequel nous travaillons. Il manque notamment de résistance», concède Emma Jaques. Enfin, une éventuelle homologation devra passer par un changement des normes actuelles, qui ne prennent pas en compte la cellulose.

Mais pas de quoi ralentir l’entrain des quatre amies. Ce qui avait commencé en début d’année dernière par un travail de groupe pour un examen s’est achevé sur le Prix InnoSciences 2020 de l’UNIGE. «Au départ, on espérait juste une bonne note, sourit Khatiba Khatibi. Au final, nous voilà dans un labo que l’Uni nous prête pour poursuivre nos travaux. C’est grandiose!»

La capote a la cote

Il se vend 27 milliards de préservatifs par an dans le monde; et la tendance est à la hausse. Lundi dernier, l’Office fédéral de la statistique (OFS) a ainsi publié un rapport qui montre que la capote est le principal moyen de contraception aujourd’hui utilisé en Suisse. Si la pilule reste solidement installée à la deuxième place du classement, son usage recule pourtant nettement depuis une trentaine d’années. Un phénomène que l’OFS attribue aux scandales sur la santé des femmes qui ont concerné certaines marques de pilules, et à de nouvelles méthodes contraceptives, principalement les dispositifs intra-utérins.

Ton opinion