Actualisé 10.10.2018 à 10:39

GenèveDes barrières pour sauver des vies sur le pont Butin

L'association Stop suicide a fait installer des balustrades sur l'ouvrage de sinistre réputation, l'un des plus exposés de Suisse.

par
Jérôme Faas
L'installation a été conçue de manière à préserver autant que faire se peut le panorama.

L'installation a été conçue de manière à préserver autant que faire se peut le panorama.

20 minutes / jef

Les travaux, pudiquement décrits par l'Etat comme «permettant d'assurer la sécurité de tous les usagers», ont duré quatre mois. De juillet au week-end passé, des barrières de 2,60 m de haut ont été posées des deux côtés du pont Butin. Le but: empêcher les suicides. Avec 1,5 décès par an entre 2001 et 2010, le lieu figure en sixième position du classement des ponts les plus dangereux de Suisse, selon l'Office fédéral des routes.

Stop suicide est le maître d'oeuvre de l'ouvrage, réalisé par l'Etat mais entièrement financé par un mécène. «On sait que ça peut sauver plusieurs vies par an», affirme Léonore Dupanloup, chargée de communication de l'association. Elle explique, études à l'appui, que restreindre l'accès aux moyens létaux est une mesure de prévention efficace. Un individu suicidaire peut se fixer sur une méthode et agir de façon impulsive. Si, dans ce moment de crise, il est empêché d'agir, «l'effet de report vers une autre méthode est faible ou nul. Diminuer l'accès à un lieu de suicide connu, c'est aussi diminuer le nombre global de suicides dans une région». L'aménagement, dont le but est d'empêcher tout passage à l'acte, a été conçu avec les milieux patrimoniaux: il n'obstrue pas la vue sur le Rhône ni le panorama.

L'association a communiqué de manière minimale sur le sujet pour éviter tout «effet Werther»: la médiatisation d'une méthode ou d'un lieu de suicide déclenche un phénomène d'imitation et augmente les passages à l'acte.

Suicidaire? Faites-vous aider!

«Chercher de l'aide n'est pas un aveu de faiblesse ! C'est un démarche courageuse et positive», affirme l'association Stopsuicide, dont la mission est de parler, faire parler, informer, sensibiliser et augmenter les possibilités de prévention.

N'hésitez pas à téléphoner, notamment aux structures suivantes : «La Main Tendue» (composer le 143), la «Ligne d'aide pour jeunes» (composer le 147), «Malatavie Ligne Ados» (HUG - Children Action), 022 372 42 42.

Les jeunes vulnérables

Selon les chiffres de Stop suicide, en Suisse, plus de 1000 personnes se suicident chaque année. Il s'agit de la première cause de mortalité chez les jeunes de 15 à 29 ans, avec 137 décès enregistrés en 2015. L'association juge que les tentatives sont 50 à 100 fois plus nombreuses pour cette tranche d'âge. A Genève, cinquante suicides surviennent chaque année (moyenne sur 2009-2015), dont deux tiers d'hommes. 20% ont lieu par précipitation, soit depuis une hauteur. Selon les chiffres de la police, 16 personnes se sont ôté la vie depuis le Pont Butin depuis 2009, sur un total de 495 suicides non assistés.

A Lausanne, une réussite

Une protection anti-suicide haute de 151cm a été installée en 2003 au pont Bessières, à Lausanne. Le dispositif a réussi, divisant par huit le nombre de suicides. De 3,38 par an entre 1990 et 2002, il a chuté à 0,86 entre 2004 et 2010. Mieux, à Lausanne, le taux global de décès par saut dans le vide a diminué de 22%. A Berne, les filets placés en 1993 autour de la plateforme de la Collégiale ont aussi été très efficaces: depuis, aucun suicide ne s'y est produit.

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