Genève - Des Beatles à OrelSan, l’Uni mixe hits musicaux et géographie

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GenèveDes Beatles à OrelSan, l’Uni mixe hits musicaux et géographie

Un ouvrage à lire et à écouter liste des chansons qui évoquent une ville ou un pays. Les paroles y ont souvent un sens caché et très instructif.

par
David Ramseyer

Trenchtown Rock – Bob Marley & The Wailers

Réalisation: Mathieu Epiney, voix: Licia Chery

Y a-t-il vraiment des terres brûlées au vent des landes de pierres dans le Connemara? Chantée par les Beatles sur un air guilleret, la rue Penny Lane cache-t-elle un sombre passé? Un projet original du Département de géographie et environnement de l’Université de Genève (Unige) mêle hits musicaux, histoire et imaginaire populaire.

Paru dernièrement, «Monde enchanté» est un ouvrage collectif qui passe au crible trente-six tubes éternels auprès du public francophone. Tous évoquent un lieu, d’«Amsterdam» de Jacques Brel à «Hollywood» de Madonna, des «Lacs du Connemara» de Michel Sardou à «Waterloo» d’Abba. Des productions d’OrelSan, Arcade Fire, Jean-Jacques Goldman ou Shakira figurent également dans la liste. Le livre s’écoute, aussi. Huit hits font l’objet de vidéos explicatives, via un QR code ou sur une plateforme dédiée de l’Unige.

Pour chacun des titres, un texte restitue le contexte historique, politique, social ou géographique de l’endroit, en rapport avec la chanson:

Penny Lane – The Beatles 

Réalisation: Mathieu Epiney, voix: Licia Chery

«L’objectif est de comprendre ce que ces œuvres disent des lieux qu’elles évoquent, ou parfois même comment elles les ont changés, décrypte le géographe Raphaël Pieroni, qui a orchestré le projet avec le professeur Jean-François Staszak. Dans «Nathalie», Gilbert Bécaud évoque un restaurant imaginaire, le café Pouchkine à Moscou. Aujourd’hui, l’endroit existe vraiment, créé en référence à la chanson qui a été un tube en Russie.» Le cultissime «YMCA» de Village People a, lui, contribué à faire d’auberges pour jeunes ouvriers précarisés des espaces de liberté pour la communauté gay.

Caricatures et fantasmes

Au-delà des anecdotes, les textes élaborés par des collaborateurs de l’Unige décrivent aussi les clichés véhiculés par certains titres. «Africa», de Rose Laurens, fait toujours danser les clubs, tout en évoquant «un imaginaire toxique qui fleure bon la caricature raciste, signale Raphaël Pieroni. Il n’est cependant pas question d’effacer cette culture populaire, mais d’y jeter un regard critique et éclairé».

D’autres œuvres décrivent des lieux en décalage avec leur réalité. Ainsi, la Genève endormie qu’évoque Marie Laforêt, en 1993, vit pourtant à cette époque au rythme d’une scène alternative foisonnante et de la culture des squats:

Genève… ou bien – Marie Laforêt

Réalisation: Mathieu Epiney, voix: Licia Chery

Un tome 2 du «Monde enchanté» pourrait paraître, centré sur des villes sublimées par des chansons. «Pourquoi ne pas collaborer avec des offices du tourisme? se demande Raphaël Pieroni. On pourrait aussi commander des chansons originales à des artistes pour y évoquer leur cité.» De la musique d’avenir pour les auteurs du projet.

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