Actualisé 12.10.2008 à 07:01

Elections US

Des «beaufs» qui soutiennent Obama

Deux papys de l'Amérique profonde ont décidé de faire mentir la sociologie électorale en prenant fait et cause pour Barack Obama, dont la couleur de peau passe habituellement assez mal dans les zones rurales blanches et conservatrices du centre du pays.

«Les beaufs pour Obama !» Une banderole provocante a accueilli le candidat démocrate en tournée électorale en juillet dans le Missouri (centre). Attiré, Obama est descendu de son autocar de campagne et s'est dirigé à toutes jambes vers Tony Viessman, 74 ans, et Les Spencer, 60 ans. «Il a dit: 'c'est incroyable'», rapporte M. Spencer, encore tout enthousiasmé par la rencontre avec son héros. «Nous croyons en lui. Il est le meilleur pour ce boulot» (de président).Si l'on schématise outrageusement, les démocrates sont majoritaires dans les zones urbanisées de l'ouest et du nord-est du pays, comme la Californie et l'Etat de New York, où Barack Obama peut compter sur deux socles: le vote noir et celui des intellectuels de gauche.Les démocrates sont minoritaires dans le centre et le sud-est, là où dominent les «rednecks», c'est-à-dire littéralement «les nuques rouges» des paysans brûlés par le soleil, que l'on peut traduire par «beauf» ou «plouc».Mais le duo Viessman-Spencer revendique son identité «redneck», tout en soutenant le premier Noir à avoir une chance de devenir président des Etats-Unis.«Il y a beaucoup d'autres beaufs pour Obama», assure Tony Viessman. «Et ceux qui ne le sont pas encore, nous essayons de les convaicre!»«Ce n'est pas parce que l'on est Blanc et du Sud qu'on doit forcément voter républicain», ajoute son copain Spencer.Les deux hommes ont lancé leur croisade l'an dernier en constatant qu'ils ne sont pas les seuls à vouloir changer radicalement les choses à Washington tout en aimant la bière, les armes et les courses de stock-cars, autant de symboles de l'Amérique rurale et populaire.Leur site, «Rednecks4obama.com», revendique plus de 800.000 visites et leur banderole a fait sensation fin août à la convention démocrate de Denver (ouest) et encore la semaine dernière à l'Université Washington de Saint Louis (Missouri). «Quand on dit 'beauf', on pense tout de suite conservateur, réactionnaire et même contre l'intégration», remarque Naia Ferguson, une étudiante de 18 ans qui s'est fait prendre en photo avec les deux retraités. «Mais l'Amérique change et détruit les stéréotypes».Pour le comédien «sudiste» Jeff Foxworthy, qui définit l'identité «beauf» comme «une glorieuse absence de sophistication», la plupart des ruraux du Sud ont abandonné l'idéologie raciste.Mais Tony Viessman n'est qu'à moitié d'accord: le racisme «s'est un peu calmé mais il est toujours là».Empêchés d'attaquer le démocrate pour sa couleur de peau, ses adversaires l'ont accusé ces derniers mois d'être «élitiste», en référence à son diplôme de Harvard, la plus prestigieuse université du pays. L'intéressé n'a rien arrangé en déclarant que certains ouvriers «s'accrochent aux armes ou à la religion».Mais Tony Viessman, qui possède une dizaine de fusils, se rassure. Obama «ne va pas nous retirer nos armes», estime-t-il. (afp)

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