France: Des cadres de Caterpillar retenus par des salariés

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FranceDes cadres de Caterpillar retenus par des salariés

Des salariés de la filiale française du groupe américain Caterpillar, excédés par des centaines de licenciements, ont séquestré mardi leurs dirigeants comme l'avaient fait avant eux ceux de deux autres entreprises, de plus en plus radicalisés face à la crise.

Le directeur de l'usine Caterpillar de Grenoble (sud-est) et quatre autres responsables du constructeur d'engins de chantier étaient retenus mardi par des grévistes, a indiqué à l'AFP Benoît Nicolas, délégué du syndicat CGT.«On les retient dans le bureau du directeur et on est en train de discuter avec eux pour qu'ils ouvrent un comité d'entreprise pour débloquer les négociations», a expliqué le syndicaliste.«On ne va pas les laisser partir», a-t-il ajouté.Caterpillar supprime 25.000 emplois dans le monde, dont 733 dans sa filiale française. Cette restructuration provoque la mobilisation des salariés de ses deux usines de Grenoble (2.500 postes), déjà au chômage partiel à 85%, selon les syndicats.Ceux-ci accusent la direction d'avoir boycotté des réunions avec les représentants des salariés, et ils exigent la reprise de négociations sur l'augmentation des indemnités de licenciement.Il s'agit du troisième cas ces dernières semaines en France de séquestration par des salariés de dirigeants d'entreprises ayant annoncé des licenciements, alors que la tension sociale est montée avec l'aggravation rapide du chômage.La semaine dernière, le directeur d'une usine de l'américain 3M a été retenu plus d'une journée dans le centre de la France, où 110 licenciements avaient été annoncés. Il a été libéré après la signature d'un accord avec les syndicats, prévoyant la reprise de négociations.A la mi-mars, c'est le patron de Sony-France et trois cadres dirigeants qui avaient été séquestrés pendant 24 heures par des employés d'une usine du sud-ouest, condamnée à la fermeture.La violence des réactions de certains salariés s'est également manifestée chez le fabricant allemand de pneumatiques Continental, qui ferme en France une usine de 1.120 salariés, et dont des dirigeants ont été maculés de tirs d'oeufs.Fin janvier, le directeur de l'usine Fulmen d'Auxerre (centre), appartenant au leader mondial de la batterie automobile Exide Technologies, avait été emmené de force par des salariés pour défiler lors d'une journée de manifestations nationale.Les syndicalistes affirment avoir ces actions pour seule «monnaie d'échange» face aux plans sociaux qui se multiplient et dans lesquels les salariés seraient selon eux une variable d'ajustement dans la stratégie des entreprises face à la crise.Ces actions sont alimentées par la hausse alarmante des chiffres du chômage, surtout dans l'industrie. 79.900 chômeurs de plus ont été enregistrés en février, et l'organisme d'assurance-chômage prévoit entre 375.000 et 454.000 chômeurs supplémentaires en 2009.Le gouvernement, qui craint un effet boule de neige, s'est gardé de toute réaction vindicative aux actions de salariés. «Je pense que ça n'est pas du tout la bonne solution» même si «je peux comprendre les moments de détresse», a déclaré récemment Nadine Morano, secrétaire d'Etat à la Famille et proche de Nicolas Sarkozy.Le président français s'est efforcé de calmer les esprits en annonçant par exemple des mesures d'encadrement des salaires des patrons.Sa visite mardi matin à Chatellerault, dans le centre de la France, a cependant été émaillée d'incidents. Entre 1.500 et 7.000 personnes ont manifesté contre sa politique, et des heurts ont eu lieu avec les forces de l'ordre. (afp)

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