Actualisé 12.05.2020 à 21:05

Genève

Des centaines de morts en cas d’accident avec du chlore

Une étude chiffre pour la première fois le nombre de victimes que pourrait entraîner une catastrophe avec un wagon de chlore. Cantons et élus veulent agir à Berne.

de
Léonard Boissonnas
En avril 2015, un accident chimique s’était produit à Daillens (VD). Il n’y avait pas eu de blessé.

En avril 2015, un accident chimique s’était produit à Daillens (VD). Il n’y avait pas eu de blessé.

KEYSTONE

Un wagon-citerne transportant du chlore déraille au bout du lac et une fuite se produit. C’est un des scénarios qu’ont étudiés le Canton de Genève et la Confédération pour estimer les coûts humains et financiers d’un accident ferroviaire avec ce produit toxique. «Les accidents simulés pourraient provoquer de 100 à 300 morts et de 1000 à 3000 blessés», indique le Conseil d’État genevois. Celui-ci vient de transmettre au Grand Conseil un rapport en réponse à une motion des Verts, acceptée en novembre 2019.

Selon l’heure, «plusieurs milliers de personnes seraient à évacuer», tandis que les dommages matériels «se chiffreraient en dizaines de millions», sans tenir compte des coûts liés (sauvetage, soins, évacuation, remise en état, etc.), «faute d’informations disponibles», écrit l’Exécutif. «La Confédération les estime néanmoins à hauteur de 250 millions à un milliard de francs.»

Walter Vetterli, directeur du service de l’environnement et des risques majeurs du Département du territoire, rappelle qu’il s’agit d’un scénario: «Ce n’est pas une prévision, avertit-il. C’est une méthode pour imaginer ce qui pourrait se produire et anticiper les mesures à prendre. Les risques sont très faibles, mais l’impact très fort.»

Une première

Pour rappel, ces transports de chlore venant de France pour être exploité par les industries en Valais inquiètent dans l’arc lémanique depuis des années, mais c’est la première fois que des estimations chiffrées sont publiées. Des données que compte utiliser la conseillère nationale Verte genevoise Isabelle Pasquier, à l’origine de la motion: «La Confédération dit que les risques sont acceptables, on voit que ce n’est pas le cas», explique-t-elle. Certes, des progrès ont été faits pour sécuriser les convois (voir encadré), «mais ce n’est pas suffisant, estime-t-elle. Nous voulons que ce produit soit fabriqué sur place, comme c’était le cas au début des années 2000.»

L’élue rappelle qu’en 2018, 19'000 tonnes de chlore avaient transité par Genève: «Il devrait certes y en avoir moins à l'avenir avec 15'000 tonnes, mais cela reste beaucoup.» Isabelle Pasquier compte agir au niveau national avec des soutiens de tous bords «pour avoir une ligne romande, ou tout du moins lémanique.»

«Maintenir la pression sur Berne»

Avec la publication de ces estimations, «le Conseil d’Etat maintient sa pression sur Berne, déclare de son côté le président de l’Exécutif genevois, Antonio Hodgers. D’autant plus qu’un protocole d’accord avec la Confédération prône la suppression des transports de chlore d’ici 2025, mais ça n’a pas l’air d’en prendre le chemin, déplore-t-il. Il y a eu des améliorations comme le renforcement des wagons- citernes, mais pour le reste, ça a l’air d’être au point mort.»

Genève a l’intention d’intervenir auprès de la Confédération avec le canton de Vaud, indique le conseiller d’Etat. «Cela fait partie des risques majeurs pour la population, au même titre qu’une épidémie, à la différence près qu’avec le chlore, on connaît le risque, poursuit Antonio Hodgers. Là, on l’admet pour des raisons économiques, mais veut-on faire primer ces considérations sur la sécurité des citoyens? C’est là qu’il y a un point de friction. Il y a quelques années, le chlore était produit sur place, on peut donc le refaire, ce n’est pas de la science-fiction. Cela coûtera un peu plus cher, mais c’est le prix à payer, et cela fera du travail pour la main d’œuvre locale.»

Wagons-citernes renforcés et vitesse limitée à 40 km/h

Plusieurs mesures ont été prises au niveau fédéral pour réduire les risques liés au transport de chlore. Avec le changement d’horaire 2017/2018, les CFF ont mis en place un train spécial qui achemine une fois par semaine du chlore de France en Valais, indiquait l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) en septembre 2019. «Lors de la modification de l’horaire 2018/19, il a été décidé, pour l’ensemble du réseau, que le chlore ne peut être transporté que dans des trains spéciaux ayant une vitesse maximale de 40 km/h.» Une allure qui permet de diviser les risques par dix, selon l’OFEV. En outre, une nouvelle source d’approvisionnement depuis l’Italie a permis de passer de 380 à 300 wagons par an transitant par l’arc lémanique. Enfin, des wagons-citernes renforcés sont en cours de déploiement. «Une motion de commission, initiée par Hugues Hiltpold (ndlr: conseiller national PLR non réélu en 2019), vise à imposer ces wagons sécurisés et est à l’ordre du jour du parlement fédéral le 10 juin», précise Isabelle Pasquier.

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