Actualisé 22.06.2015 à 13:50

Proche-OrientDes crimes de guerre commis des deux côtés

Des crimes de guerre ont été commis par les Israéliens et par les Palestiniens en juillet-août 2014, a affirmé lundi à Genève une commission d'enquête de l'ONU.

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09.08 La police israélienne a annoncé avoir arrêté dimanche plusieurs suspects lors de raids sur des colonies sauvages de Cisjordanie occupée. Ces arrestations sont liées à l'enquête sur la mort d'un bébé palestinien et de son père dans un incendie criminel.

09.08 La police israélienne a annoncé avoir arrêté dimanche plusieurs suspects lors de raids sur des colonies sauvages de Cisjordanie occupée. Ces arrestations sont liées à l'enquête sur la mort d'un bébé palestinien et de son père dans un incendie criminel.

Jaafar Ashtiyeh
Le père de famille décédé vendredi a été enterré samedi. Une foule dense s'est présentée aux funérailles.

Le père de famille décédé vendredi a été enterré samedi. Une foule dense s'est présentée aux funérailles.

Jaafar Ashtiyeh
08.08 Saad Dawabcheh, le père du bébé palestinien mort dans un incendie bouté par des extrémistes juifs, a succombé à ses blessures dans l'hôpital israélien où il avait été admis.

08.08 Saad Dawabcheh, le père du bébé palestinien mort dans un incendie bouté par des extrémistes juifs, a succombé à ses blessures dans l'hôpital israélien où il avait été admis.

Menahem Kahana

«L'ampleur des dégâts et des souffrances à Gaza a été sans précédent et aura un impact sur les générations futures», a déclaré la présidente de la commission d'enquête, Mary McGowan Davis (Etats-Unis), en présentant le rapport à la presse.

L'armée israélienne et les groupes palestiniens armés ont commis des exactions susceptibles d'être assimilées à des crimes de guerre, lors de l'opération israélienne «Bordure protectrice» à Gaza en juillet-août de l'an dernier, selon le rapport. La commission d'enquête avait été créée par le Conseil des droits de l'homme en juillet dernier.

Lors des 51 jours d'hostilités, 2251 Palestiniens sont morts, dont 1462 civils, et 11'231 blessés; 67 Israéliens ont été tués, dont six civils, et 1620 civils israéliens blessés.

Approuvé en haut lieu

La commission met le doigt sur le fort accroissement de la puissance de feu israélienne à Gaza, avec plus de 6000 frappes aériennes et environ 50'000 obus tirés par les chars et l'artillerie. Les groupes armés palestiniens ont tiré de leur côté 4881 roquettes et 1753 mortiers en juillet et août.

«Le fait qu'Israël n'a pas revu sa pratique des frappes aériennes, même après en avoir constaté les terribles effets sur les civils, soulève la question de savoir si cette conduite a fait partie d'une politique plus large qui a été au moins tacitement approuvée au niveau le plus élevé du gouvernement», affirme le rapport.

Interrogée lors de la conférence de presse, Mary McGowan Davis a précisé qu'il n'y a «pas de preuves directes» sur l'implication de hauts responsables. L'autre membre de la commission l'expert de l'ONU, Doudou Diène (Sénégal), a souligné que les bombardements israéliens se sont poursuivis de manière répétée et continue malgré leur impact sur les civils.

Pas de crimes contre l'humanité

La commission s'est déclarée «préoccupée par l'usage extensif par Israël d'armes létales sur un important rayon» autour de l'impact. Bien que non illégale, leur utilisation dans des zones densément peuplées a une forte probabilité de tuer des combattants et des civils de manière indiscriminée, indique-t-elle.

Elle a également dénoncé le tir «indiscriminé» de milliers de roquettes par les Palestiniens visant à «répandre la terreur» parmi les civils israéliens. Interrogée sur de possibles crimes contre l'humanité commis par Israël, Mary McGowan Davis a affirmé qu'il s'agit de «conjectures» et que la commission n'a pas ce type de preuves.

Impunité des deux côtés

Le rapport dénonce «l'impunité qui prévaut à tous les niveaux» en ce qui concerne l'action des forces israéliennes et appelle Israël à «renverser son bilan lamentable» pour poursuivre des responsables. Il déplore également que les autorités palestiniennes aient «toujours échoué» à conduire devant la justice ceux qui violent les lois internationales.

Mme McGowan Davis a déclaré qu'elle a été «très déçue» par l'absence de poursuites pénales dans l'enquête sur la mort de quatre enfants palestiniens tués le 16 juillet 2014 sur une plage de Gaza. L'enquête israélienne a conclu le 12 juin à une simple erreur dans la procédure d'identification des victimes.

Israël rejette, le Hamas salue

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n'a pas tardé à réagir: «Israël ne commet pas de crimes de guerre. Israël se défend contre une organisation terroriste qui appelle à sa destruction et qui elle-même commet de nombreux crimes de guerre», a-t-il dit à la Knesset (parlement israélien), selon ses services.

Quant au ministère israélien des Affaires étrangères, il a affirmé que le rapport «a été commandé par une institution notoirement partiale». Il accuse la commission de «manquer des outils et de l'expertise nécessaires pour réaliser un examen professionnel et sérieux de situations de conflits armés».

De son côté, le Hamas a «salué» le rapport, y voyant une «condamnation» d'Israël, selon Fawzy Barhoum, porte-parole du mouvement islamiste au pouvoir dans la bande de Gaza. Il s'est toutefois gardé d'évoquer les soupçons de crimes de guerre également formulés à l'encontre des groupes armés palestiniens.

Débat lundi

Le premier président de la commission de l'ONU William Schabas avait été contraint à la démission le 2 février à la suite de pressions israéliennes, en raison d'un conflit d'intérêt. La publication du rapport avait été reportée de mars à juin.

Israël n'a pas coopéré avec la commission qui n'a pas pu se rendre sur place. Les enquêteurs ont interrogé 280 personnes et reçu 500 communications écrites. Le débat sur le rapport est prévu lundi prochain au Conseil des droits de l'homme. (ats)

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