Suisse  - Des demandeurs d'emploi dans le piège du travail temporaire
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Suisse Des demandeurs d'emploi dans le piège du travail temporaire

En raison de la crise du Covid-19, davantage de places à durée déterminée sont proposées. L'Union syndicale suisse met en garde contre la création de postes encore plus précaires.

De nombreux emplois temporaires vacants ont été signalés dans les domaines de la logistique et du commerce en ligne. 

De nombreux emplois temporaires vacants ont été signalés dans les domaines de la logistique et du commerce en ligne.

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«Manpower a enregistré une augmentation d'environ 30% des postes temporaires depuis le début de l'année», a expliqué une porte-parole de la société à «20 Minuten». Elle a précisé que les emplois concernent principalement les secteurs de la logistique et de la vente par correspondance, des produits pharmaceutiques et des médicaments, par exemple dans les centres de vaccination, et dans l'industrie manufacturière.

Les Offices régionaux de placement (ORP) ont également enregistré une hausse des postes temporaires par rapport à avant la pandémie. En avril 2021, les agences d'intérim ont ainsi annoncé plus de 23'000 postes vacants aux ORP. Avant la crise, il y en avait au moins 10'000 de moins, selon l'Union syndicale suisse (USS).

Piège du travail temporaire

Pour Daniel Lampart, économiste en chef de l'USS, il s'agit d'une évolution inquiétante. «Avec un emploi temporaire, il y a un manque d'intégration sociale dans l'entreprise. Il n'y a pas non plus de formation continue.» S'y ajoutent l'incertitude et un salaire moins élevé, ajoute-t-il. Pour certaines personnes, un emploi temporaire peut constituer une solution provisoire. «Mais la plupart des personnes qui travaillent avec ce type de contrat veulent un emploi permanent», précise Daniel Lampart. Et la multiplication d'emplois temporaires peut même faire obstacle à cet objectif. «Les postes temporaires, surtout s'ils s'enchaînent de nombreuses fois, ne font pas aussi bien sur un CV qu'un poste permanent avec un bon dossier de travail.» Pour lui, il y a donc un risque de se faire piéger par le travail temporaire.

Pour les employeurs, ces postes temporaires présentent des avantages. Même s'ils doivent rémunérer l'agence d'intérim, «ils n'ont pas à se soucier des personnes et peuvent s'en débarrasser rapidement», juge Daniel Lampart. «Dans l'industrie et dans l'événementiel, les intérimaires ont été renvoyés chez eux très rapidement», indique ainsi Véronique Polito, du syndicat Unia. Avec le nombre croissant d'emplois temporaires dans la logistique et le commerce en ligne, les conditions de travail dans ces secteurs deviennent encore plus précaires, relève-t-elle. Elle anticipe une augmentation du travail intérimaire après la pandémie «en particulier dans les secteurs de la restauration et de l'événementiel.»

Essor du commerce en ligne

Si certains secteurs de l'économie se retrouvent à l'arrêt ou voient leur activité fortement réduite, l'e-commerce tire son épingle du jeu et a recours à l'intérim. Par exemple, Digitec Galaxus emploie actuellement «environ 200 travailleurs externes ou sous contrat temporaire.» L'entreprise explique devoir y faire appel notamment pour faire face à des fluctuations saisonnières, particulièrement en automne et en hiver. De son côté, La Poste compte environ 1500 postes dans le secteur des lettres et des colis qui sont couverts par des employés temporaires. Le géant jaune ne s'attend pas à ce que les volumes de colis diminuent après la pandémie et a ainsi «créé 1000 postes permanents à temps plein depuis 2020.»

(jag/reg)

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