Actualisé 02.10.2009 à 10:26

Tempête Ketsana aux Philippines

Des détenus dérivent sur des radeaux dans une prison inondée

Des gardiens patrouillant sur des échasses, des détenus à la dérive sur des radeaux de fortune: une semaine après les trombes d'eau déversées par la tempête Ketsana, la prison philippine de Pasig, encore inondée, offrait une vision surréaliste.

«Nous avions de l'eau jusqu'à la poitrine», s'étonne encore Hilbert Flor, le directeur de la prison de Pasig, perché sur une plateforme de bois installée dans la cour alors que le niveau d'eau n'a baissé que de 30 cm depuis les crues.

Malgré la panique et les conditions pour le moins inhabituelles, aucun des 859 détenus, hommes et femmes, ne s'est échappé ou n'a tenté de s'enfuir, se félicite M. Flor.

«Le côté positif, c'est que nous n'avons eu encore aucun blessé ni de cas de diarrhée ou toute autre maladie», ajoute-t-il.

Dans cette petite prison surpeuplée de la banlieue de Manille conçue pour seulement 200 détenus, la tempête tropicale Ketsana, qui a fait près de 300 morts dans le pays, a semé la panique.

Tous les prisonniers, armés de balais, ont pourtant tenté d'écoper. Mais le niveau est monté inexorablement. La direction a dû alors se résoudre à évacuer les prisonniers, dont 102 femmes, de leurs cellules pour les placer en sécurité aux étages supérieurs.

Tous les hommes se sont retrouvés enfermés dans quatre cellules, ajoutant encore à la promiscuité.

Une équipe du Comité de la Croix-Rouge était attendue dans la journée pour apporter du matériel sanitaire. Comme les familles de prisonniers et autres visiteurs, c'est uniquement en bateau que les travailleurs sociaux pourront pénétrer dans l'enceinte. Des détenus en uniforme jaune les conduiront alors, à l'aide d'un radeau de fortune, vers les cellules.

Pour effectuer sa patrouille, un maton a assemblé quelques morceaux de bois pour se fabriquer des échasses tandis qu'à l'intérieur, un de ses collègues surnage, perché sur un plateforme de bois.

«Nous avons même des poissons ici», affirme l'un des gardiens, montrant du doigt quelques bulles qui viennent affleurer sur une eau saumâtre et malodorante.

«On devra maintenant peut-être distribuer des cannes à pêche aux prisonniers pour les distraire, là où avant ils jouaient au basket-ball», plaisante-t-il.

De leurs cellules surplombant la cour aux étroites fenêtres, les détenus les plus dangereux suivent des yeux les visiteurs.

«Leur seul moyen de s'échapper sera de nager sous l'eau», lance un gardien, encore sur le ton de l'humour.

Située à environ 2 km de la rivière Pasig, la prison a été inondée quand le cours d'eau est sorti de son lit. Le niveau de l'eau n'a que peu baissé depuis l'inondation de samedi et le bâtiment est toujours privé d'électricité.

Dans le cadre d'un programme étalé sur trois ans, l'établissement doit voir sa population carcérale divisée par deux, et tomber à 400.

Mais, pour le moment, impossible d'évacuer tout prisonnier: les camions de la prison sont dans l'eau. Comme la voiture du directeur. (afp)

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