Berne: Des détenus se battent contre une liste noire
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BerneDes détenus se battent contre une liste noire

Le canton a créé un registre sur lequel figurent le nom des prisonniers dont les crimes ont fait les gros titres. Des détenus dénoncent une inégalité de traitement.

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Sonja Mühlemann/ofu

«Cette liste a pour but de traiter plus strictement les prisonniers qui sont connus du grand public. Elle vise à rendre plus difficile leur libération», dénonce H.*, détenu à Thorberg. L'homme, condamné à 14 ans et demi de prison en 2000 pour le meurtre d'une chauffeuse de taxi, vient de déposer une plainte auprès de la section de l'application des peines et mesures. «Les détenus ne sont pas tous traités de la même manière. Et il n'y a pas de base légale pour une telle liste.»

Des recherches effectuées par nos collègues alémaniques de «20 Minuten» montrent que Berne a bel et bien créé en mai 2103 une liste noire sur laquelle figurent le nom des prisonniers dont les crimes ont fait les gros titres en Suisse. La Département bernois de la police et des affaires militaires confirme son existence. Il note cependant que toutes les demandes de réduction de peine sont traitées consciencieusement et que les décisions prises se basent sur des expertises psychiatriques, des rapports émis par les prisons ainsi que sur l'avis d'une commission d'experts.

«La liste motivée politiquement»

L'organisation des prisonniers Reform 91, qui s'engage depuis 25 ans pour les droits des détenus, a déposé ce jeudi une pétition auprès du Grand conseil. «La liste est synonyme de durcissement des peines», affirme le président Peter Zimmermann. Une deuxième pétition devrait également être signée par les différents détenus de la prison de Thorberg ainsi que des autres établissements pénitentiaires régionaux. «La liste noire est motivée politiquement. On veut s'assurer que les criminels connus du grand public ne sorte pas de prison», dénonce Peter Zimmermann.

Hasim Sancar, membre du Grand conseil bernois, doute lui aussi de la légalité d'une telle liste. Le Vert avait déjà demandé des clarifications au Conseil-éxecutif en avril de cette année. Il compte désormais déposer une nouvelle interpellation pour inciter le Conseil-exécutif à renoncer à l'utilisation d'une telle liste. Contacté, le conseiller d'Etat Hans-Jürg Käser s'est contenté de dire que les plaintes émanant de la population et des prisonniers étaient traitées par les autorités compétentes.

*Nom connu de la rédaction

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