Actualisé

Vie privéeDes dossiers médicaux à la vue de tous sur le web

Des Français ont trouvé des infos confidentielles les concernant en ligne. En Suisse aussi, le secret médical serait en danger.

par
David Maccabez
Passer du papier à l'ordinateur présente des avantages, mais n'empêche pas les fuites.

Passer du papier à l'ordinateur présente des avantages, mais n'empêche pas les fuites.

«Viol de l'intimité», «incompétence», «négligence». Les mots sont à la hauteur du préjudice. En mars, des patients français ont découvert leurs dossiers médicaux en libre accès sur internet. Prétextant la publication de ces données dans le cadre d'une étude, l'Hôpital de Marseille, responsable de la bévue, a fait son mea culpa. Mais selon les médias hexagonaux, ce genre de cas est de plus en plus fréquent (voir encadré).

Et en Suisse? Les fédérations de médecins et de patients assurent que cela est impossible. D'abord, chez nous, le corps médical utilise encore beaucoup le support papier. Par ailleurs, l'éthique en matière de recherches scientifiques empêcherait de telles fuites.

Selon les autorités, aucune affaire de ce type n'est survenue dans notre pays. Pourtant, cela reste possible. Selon Jacques Micheli, ex-président de l'Association suisse des assurés, le secret médical est moribond: «Les assureurs en veulent toujours plus. Et ils l'obtiennent!» De fait, les caisses maladie peuvent, depuis 2012, accéder librement aux dossiers médicaux de leurs clients, afin de maîtriser les coûts.

Risques de fuites

Cette pratique aurait ouvert la porte à toutes sortes de dérives: de la revente de données à des fins commerciales au chantage par un salarié malveillant. «On peut aussi imaginer qu'un employeur se renseigne sur la santé d'un futur salarié avant de l'engager», ajoute Jacques Micheli, qui est aussi avocat. En outre, le contrôle des factures est confié à un organisme financé par les assureurs. Soucieux d'éviter tout conflit d'intérêts, des parlementaires fédéraux proposent de transférer ces opérations au secteur public. Ce projet est examiné par le Département fédéral de l'intérieur, qui pourrait rendre un avis fin 2013.

Pas d'argent pour se mettre à la page

La numérisation généralisée des dossiers médicaux n'est pas pour demain, chez nous. Pourtant, une expérience jugée probante avait été menée à Genève, de 2000 à 2011. Le Conseil fédéral avait proposé une loi il y a deux ans, mais elle est restée bloquée au Parlement.

Bien que la nécessité de moderniser le système ne fasse aucun doute, les partis ne se sont pas mis d'accord sur le financement du projet. «Le risque est d'assister à un développement anarchique des dossiers électroniques, prévient Jean-François Steiert, vice-président de la Fédération suisse des patients et conseiller national PS. Notre pays est en retard sur ses voisins européens. Un accord doit être rapidement trouvé.»

La France a du mal à garder ses données secrètes

Entre 2010 et 2012, plus de soixante plaintes pour violation du secret médical sur internet ont été déposées dans l'Hexagone. La plupart du temps, des erreurs sont commises par ignorance, rapporte «Le Monde». La loi française oblige en effet les hôpitaux et cliniques à stocker leurs données chez des hébergeurs agréés. Toutefois, ces derniers se montrent parfois assez larges dans leur application des règles de sécurité

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!