Maroc: Des élections locales avant les législatives
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MarocDes élections locales avant les législatives

Les élections de vendredi sont censées donner un aperçu du climat politique au Maroc, quatre ans après le mouvement de contestation populaire né dans le contexte du Printemps arabe.

Le premier ministre Abdelilah Benkirane dans un bureau de vote de Rabat.

Le premier ministre Abdelilah Benkirane dans un bureau de vote de Rabat.

Les Marocains votaient vendredi pour des élections locales qui serviront de test pour le parti islamiste du premier ministre Abdelilah Benkirane, à un an des législatives.

Ce scrutin doit donner un aperçu du climat politique dans le royaume, quatre ans après le mouvement de contestation populaire né dans le contexte du Printemps arabe, qui avait amené le roi Mohammed VI à faire adopter une nouvelle Constitution, à l'été 2011.

Quelques mois plus tard, le parti islamiste Justice et développement (PJD), jusque-là cantonné dans l'opposition, avait engrangé une victoire historique aux législatives.

Le premier ministre reste populaire

Un an avant de remettre son mandat en jeu, Abdelilah Benkirane affronte vendredi son premier «grand match électoral» en tant que chef du gouvernement, selon le journal L'Economiste.

Si les trois premières années de gestion du PJD n'ont pas produit tous les résultats escomptés -notamment en matière de lutte anticorruption, un de ses chevaux de bataille, Abdelilah Benkirane, habile politicien, reste relativement populaire et espère que la cote de sa formation ne faiblira pas.

Le premier ministre a voté à Rabat vers 13h, devant une vingtaine de journalistes, quatre heures après l'ouverture des bureaux, qui doivent fermer à 20h.

Souriant mais réticent à s'exprimer, il a toutefois indiqué: «Tout ce que je peux dire, c'est qu'aujourd'hui le Maroc va faire un pas décisif au niveau de la démocratie».

Taux de participation

A 13h, le taux de participation s'établissait à 12%, identique à celui enregistré en 2009 à la même heure, selon des chiffres officiels.

Dans un bureau de la capitale, Habiba Ramzi, une octogénaire qui affirme «voter depuis l'indépendance du Maroc» (en 1956), espérait que les candidats allaient «enfin penser aux pauvres». «Je leur dis: assez de corruption et de mensonges et plus d'éducation».

Mohamed Mahdi, un quinquagénaire professeur d'université, affirmait lui voter «par devoir national et attachement à la patrie». Il a préféré ne pas révéler publiquement son choix comme la plupart des électeurs marocains.

Le parti au pouvoir confiant

Lors de la campagne, Abdelilah Benkirane avait jugé qu'une victoire de son parti serait «logique». Il se targue notamment d'une diminution sensible du déficit public, à la faveur d'une réforme réduisant les subventions sur l'essence et autres produits de grande consommation. Et cela sans heurt social majeur dans un pays où près d'un jeune sur trois est au chômage selon la Banque mondiale.

Depuis sa nomination début 2012, le chef du PJD, prudent, s'est par ailleurs efforcé de maintenir les meilleures relations avec le palais royal, qui conserve de larges prérogatives.

Ces derniers jours, il a en revanche adopté un ton tranchant à l'égard de ses principaux rivaux, notamment le Parti authenticité et modernité (PAM/Libéral, opposition), qu'il a accusé de financer sa campagne en «vendant de la poudre» (ndlr. de la drogue).

La «priorité (de M. Benkirane) ces quatre dernières années n'était pas tant le travail pour l'intérêt général que pour son clan», a rétorqué Mustapha Bakkoury, leader du PAM, un parti fondé en 2008 par un proche conseiller du roi et qui présente le plus de candidats aux communales (18.227).

Scrutins locaux comme test

Au total, près de 140.000 candidats se disputent plus de 32.000 sièges d'élus communaux et régionaux lors d'élections présentées comme une étape majeure du processus de «régionalisation avancée», inscrite dans la Constitution.

Lors des précédentes élections locales, en 2009, le PAM avait raflé 21% des suffrages. Le PJD avait dû se contenter d'un modeste score de 5,4%.

Selon Mohamed Madani, politologue à l'Université Mohammed V de Rabat, ces scrutins locaux sont importants pour le PJD car ils serviront «de tremplin» pour les législatives. «Le PJD sait que sa représentativité locale va lui permettre de garder ses électeurs et renforcer sa position (en 2016)».

Le chiffre final de la participation (52% en 2009) sera en outre scruté «dans un pays qui apprend à marcher sur la voie de la démocratie», selon le quotidien indépendant Akhbar al-Yaoum.

Deux formations ont toutefois appelé au boycott: la mouvance islamiste Al Adl wal Ihsane («Justice et bienfaisance»), interdite mais tolérée, et le parti Voie démocratique (extrême gauche). (nxp/afp)

(NewsXpress)

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