Genève: Des élus réclament une meilleure place pour les élèves handicapés

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GenèveDes élus réclament une meilleure place pour les élèves handicapés

Un projet de loi socialiste prône des classes inclusives dans toutes les écoles, sur le modèle tessinois. Les enfants et les parents y gagneront beaucoup, assure le parti.

par
David Ramseyer
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«Pour l’instant, l’intégration des élèves handicapés à l’école, cela reste du saupoudrage; il n’y a pas de vraie inclusion.» L’avis de la députée Marjorie de Chastenay (Les Verts), mère d’un fils autiste, rejoint celui de son collègue socialiste Cyril Mizrahi. Ce dernier est l’auteur d’un projet de loi, présenté mercredi et appuyé par la gauche ainsi que des élus UDC: il vise à changer l’accueil de quelque 2000 écoliers à besoins spécifiques, en prenant exemple sur le modèle tessinois.

Densifier le réseau d’accueil dans les écoles

Au sud des Alpes, une cinquantaine de classes ordinaires accueillent en moyenne trois élèves handicapés au sein d’écoles régulières, disséminées dans tout le canton, encadrés par des enseignants formés qui épaulent leurs collègues. «Il y a ainsi davantage de rapports sociaux entre les enfants, a expliqué le conseiller d’Etat Manuele Bertoli, chargé du Département de l’instruction publique au Tessin. Pour les familles, cela évite aussi de longs trajets: ils peuvent trouver un établissement avec des structures adéquates près de chez eux, plutôt que placer leur fille ou leur fils dans une école spécialisée, loin de la maison.» Pareille inclusion ne signifie cependant pas la fin des classes dévolues aux écoliers qui nécessitent des besoins particuliers. Mais l’accent est mis sur l’accueil en classes ordinaires.

Vertement critiquée l’an dernier par la Convention de l’ONU sur les droits des personnes handicapées, la Suisse doit faire mieux, appuie Cyril Mizrahi: «Il faut arrêter la ségrégation». Au bout du lac, le projet de loi propose donc une généralisation des classes inclusives dans (quasi) toutes les écoles, du primaire au secondaire II. Le coût n’a pas été chiffré, mais il y aura peu de frais supplémentaires, assure l’élu socialiste, «car il y aurait une réallocation des ressources des écoles séparées vers les établissements ordinaires.» Pour l’heure, le système genevois manque aussi d’enseignants spécialisés pour mieux encadrer les élèves – et plus longtemps. Enfin, les budgets restent insuffisants et les locaux manquent, déplore Marjorie de Chastenay.

Peu de places en plus, pour l’instant

Problème: le canton connaît déjà un manque de places chronique dans les écoles. Certes, reconnaît Cyril Mizrahi, mais il faut voir à plus long terme: «Des aménagements doivent être pris en compte dans les futures planifications scolaires. Par ailleurs, notre projet de loi prévoit un délai de mise en œuvre de cinq ans, dès son entrée en vigueur. Cela laisse un peu de temps.»

«Pas un désaveu» pour la cheffe du DIP, Anne Emery-Torracinta

Cela fait neuf ans que la conseillère d’Etat socialiste Anne Emery-Torracinta est à la tête de l’Instruction publique; depuis le début, l’école inclusive a été l’une de ses priorités. Pourtant, le projet de loi émane de son propre parti. Sonne-t-il alors comme un désaveu de la politique de la magistrate? Le député PS Cyril Mizrahi s’en défend: «On est parti de rien. Aujourd’hui, les mesures d’enseignement spécialisé et les classes ordinaires qui accueillent des élèves aux besoins spécifiques sont plus nombreuses, l’accompagnement des enfants est donc meilleur.» L’élu estime cependant que cela reste «très insuffisant. On ne répond pas encore aux besoins.» Hasard, ou pas, du calendrier: le Conseil d’Etat a adopté mercredi un rapport qui montre que le taux de scolarisation a augmenté de 4% à 25% dans les dispositifs inclusifs. 

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