Covid en Suisse: Des élus veulent faire taire la task force scientifique
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Covid en SuisseDes élus veulent faire taire la task force scientifique

Une commission du National veut que seuls le Conseil fédéral et le Parlement puissent «informer le public» des mesures anti-Covid, ce qui provoque de vives réactions.

par
Yannick Weber
Le président de la task force, Martin Ackermann, assume son rôle et réagit aux critiques. 

Le président de la task force, Martin Ackermann, assume son rôle et réagit aux critiques.

Point presse OFSP

L’information s’est subrepticement glissée dans une phrase du communiqué de presse de la Commission de l’économie du National, envoyé samedi. «La commission propose, par 13 voix contre 10 et 2 abstentions, que le public soit informé des mesures prises par le Conseil fédéral dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid-19 exclusivement par le Conseil fédéral et le Parlement», y écrit-elle.

Directement visée: la task force scientifique mandatée par la Confédération. Critiqués par des élus pour se montrer trop alarmistes, ses membres sont accusés entre autres d’avoir influencé la politique du Conseil fédéral pour la fermeture de secteurs économiques alors que la situation épidémiologique ne l’aurait, finalement, pas justifié, selon ces élus. Les scientifiques s’expriment parfois individuellement dans les médias, parfois collectivement sur Twitter ou lors des points presse de l’OFSP. Il en résulterait une certaine cacophonie, selon les élus de la commission.

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Lundi, les Verts ont lancé «un appel pour la liberté de la science» signé par une multitude de membres du corps académique suisse qui craignent de voir se faire «museler» la task force. «La tentative de taire les connaissances scientifiques qui ne rentrent pas dans un certain programme politique crée un dangereux précédent pour l'État de droit», disent les Verts.

Le président de la task force, Martin Ackermann, a répondu aux critiques dans le Tages Anzeiger. Selon lui, il est nécessaire que les scientifiques puissent donner leur avis publiquement. «C’est important pour que les connaissances actuelles soient accessibles à tous de manière ouverte, transparente et indépendante», dit-il.

Qui est cette task force que l’on ne saurait entendre?

La «Swiss National COVID-19 Science Task Force» est composée d’environ 70 scientifiques. Le groupe «conseille les autorités», bénévolement, et «ne prend pas de décisions en ce qui concerne les mesures ou les actions à prendre, mais assure un avis scientifique indépendant», dit-elle sur son site. Tous ses membres sont listés, ainsi que les conflits d’intérêts qu’ils déclarent. Parmi eux, plusieurs visages connus qui s’expriment dans les médias romands, notamment l’experte en éthique biomédicale Samia Hurst, la vaccinologue Claire-Anne Sigrist ou encore l’infectiologue Alexandra Calmy.

Qui est cette commission qui ne veut plus l’entendre?

La Commission de l’économie et des redevances du Conseil national, composée comme toutes les autres de 25 élus, est la même qui a proposé à ce que l’ouverture des restaurants soient fixée dans la loi au 22 mars par le Parlement, empêchant ainsi au Conseil fédéral de reporter la réouverture prévue en cas d’évolution négative de la situation épidémiologique. La liste de ses membres peut être trouvée ici, ainsi que, pour chaque élu, les groupes d’intérêts auxquels ils et elles sont liés. Parmi ces élus, plusieurs romands: Christian Lüscher (PLR/GE), Céline Amaudruz (UDC/GE), Samuel Bendahan (PS/VD) et Sophie Michaud Gigon (Verts/VD). Les votes nominatifs ne sont pas dévoilés, mais chaque élu est libre de s’exprimer.

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