Aéroport de Genève: Des employés dénoncent leurs conditions de travail
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Aéroport de GenèveDes employés dénoncent leurs conditions de travail

Des agents de Custodio, une société qui s'occupe de la sûreté des bagages et des passagers à Genève Aéroport, se disent proches de la rupture.

par
Jérôme Faas
Le feu couve à l'aéroport de Genève.

Le feu couve à l'aéroport de Genève.

Keystone

L'entreprise Custodio, active dans les contrôles de sécurité des voyageurs et des bagages à l'aéroport, se trouve toujours dans le viseur du syndicat SSP. Ce dernier à une nouvelle fois dénoncé, ce jeudi matin, les conditions de travail des employés de la société. Selon son secrétaire syndical Jamshid Pouranpir, celle-ci «viole régulièrement la convention collective de travail de la sécurité». Il souhaite que l'Etat reprenne en main les tâches liées à la sécurité aéroportuaire.

«Pressions psychologiques»

Sous couvert d'anonymat, quatre employés ont dépeint un sombre tableau de leur activité: rares pauses, horaires à rallonge, choix de vacances non respectés, usage contraint de matériel informatique privé, espaces de repos minuscules, vétustes et mal adaptés, collègues qui viennent travailler malades par peur d'un renvoi, arrêts maladie et accident sans salaire - la liste des doléances est longue.

«Il y a beaucoup de pressions psychologiques, on n'a pas le droit de parler, on se sent menacés», a témoigné un employé. «Les conditions de travail sont extrêmement difficiles et les violations de la CCT ont été dénoncées à la commission paritaire en février», a expliqué Jamshid Pouranpir. Une démarche pour l'heure sans effet. La direction de l'aéroport, dit-il, ne réagit pas non plus.

Fatigue et risque d'erreurs

Pour le syndicaliste, la fatigue des employés, outre qu'elle leur est préjudiciable, fait courir un risque aux passagers: un agent de sécurité à bout est plus susceptible de commettre des erreurs. Dès lors, Jamshid Pouranpir réclame que les tâches de sécurité soient assurées par l'aéroport lui-même, alors qu'à ce jour, «elles le sont à 80% par des entreprises privées. Or, à Zurich, ces tâches sont du ressort de la police cantonale.» A Genève, les agents de sécurité directement embauchés par l'aéroport bénéficient de conditions de travail bien plus avantageuses que celles de leurs collègues du privé.

La sécurité, «une tâche régalienne»

Le SSP a par conséquent annoncé son soutien au projet de loi du parti socialiste qui réclame que l'aéroport cesse d'externaliser les tâches de sûreté. «Nous pensons qu'il s'agit d'une tâche régalienne de l'Etat». Il a par ailleurs demandé la démission du conseil d'administration de l'aéroport, estimant qu'il n'avait «pas tiré les conséquences des événement de ce printemps», soit les enquêtes judiciaires portant sur des soupçons de corruption dans l'attribution des marchés publics liés à la sécurité.

Custodio conteste

La direction de Custodio affirme pour sa part observer pleinement la CCT pour la branche des services de sécurité privés. «Les conditions de travail de nos employés sont conformes à toutes les exigences légales et les dépassent même dans de nombreux domaines, telles que des pauses généreuses, des contributions permettant à nos collaborateurs de bénéficier de transports gratuits aux environs immédiats de l'enceinte de Genève-Aéroport, etc. En ce qui concerne le maintien du salaire en lien avec l'absentéisme (maladie et/ou accident), nous appliquons les exigences de la CCT.» L'entreprise estime dès lors que les témoignages de ses employés sont «des contre-vérités».

L'aéroport pas garant de la CCT

L'aéroport indique que Custodio est soumis à la CCT pour la branche des services de sécurité, étendue au plan national. Elle a été conclue entre l'association des entreprises suisses des services de sécurité et le syndicat UNIA. L'organe paritaire désigné pour veiller à la bonne application de cette CCT est la Commission Paritaire Sécurité (CoPa). "Ces contrôles ne sont donc pas de la responsabilité de Genève Aéroport", déclare sa porte-parole Madeleine von Holzen. "En cas de dénonciation, Genève Aéroport contacte les entreprises pour leur demander d'y répondre. En l'espèce, aucune violation de la CCT n'a été constatée." Quant au sujet de l'internalisation des prestations, la plateforme aéroportuaire dit "questionner régulièrement sa manière de faire", sans autre commentaire "à ce stade".

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