Fête dans une clinique psy: Des employés sirotent du prosecco sous les yeux des alcooliques

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Fête dans une clinique psyDes employés sirotent du prosecco sous les yeux des alcooliques

Lors d’un événement organisé vendredi dernier, à l’hôpital psychiatrique de Bâle-Campagne, de l’alcool a été servi au personnel malgré la présence, non loin, de patients ne pouvant pas boire.

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L’alcool aurait été consommé «dans des proportions acceptables».

L’alcool aurait été consommé «dans des proportions acceptables».

Photo: Getty Images/iStockphoto

L’offre de l’hôpital psychiatrique de Bâle-Campagne (PBL), situé à Liestal, est variée: en plus de l’aide en cas de crise, il propose un soutien aux personnes internées de force et une réhabilitation, ainsi que des programmes de sevrage d’alcool. Pour éviter que les personnes alcooliques ne soient tentées, aucun alcool n’est servi dans les zones accessibles aux patients, comme la cafétéria ou le campus. Or vendredi dernier, la direction de la clinique a jeté par-dessus bord, le temps d’une soirée, ce principe, rapporte ce jeudi la «Basler Zeitung».

Lors d’une fête du personnel, les collaborateurs ont pu se servir à différents stands de nourriture et de boissons et également boire de la bière, du vin et du prosecco. Contacté, le PBL confirme cette information. Certes, les patients en sevrage alcoolique et les autres patients n’étaient pas autorisés à participer à la fête. Toutefois, l’un ou l’autre patient a probablement remarqué la consommation d’alcool lors de la fête des collaborateurs.

On peut aussi se passer d’alcool

L’incompréhension règne auprès des organisations qui soutiennent les personnes alcooliques dans leur démarche de vouloir arrêter de boire. La communauté des Alcooliques Anonymes (AA) Suisse ne peut pas s’exprimer concrètement sur la fête. Sa porte-parole, Marianne Egli, déclare toutefois: «On peut partir du principe qu’il y a toujours un risque, pour les personnes alcooliques, d’être incitées à boire lors d’une manifestation où de l’alcool est proposé.»

Bruno Jagher qualifie d’«irréfléchie et hautement problématique» la distribution d’alcool lors de la fête du personnel. L’ancien député au Grand Conseil (UDC) dirige lui-même depuis 33 ans, dans le cadre de l’organisation pour la paix et l’abstinence IOGT, des groupes de discussion avec des personnes qui veulent se débarrasser de leur dépendance à l’alcool. «Les collaborateurs ont une fonction de modèle vis-à-vis des personnes dépendantes. Je trouve donc totalement déplacé de la part de la direction de la clinique que de l’alcool ait été servi sur le campus. On peut aussi s’amuser sans alcool.»

Martin Bienlein, porte-parole de la Croix-Bleue Suisse, parle d’un «no-go absolu». «Je comprends certes que les collaborateurs aiment faire la fête. Mais lorsque des personnes qui veulent se libérer de l’alcool voient ou entendent cela, elles retombent immédiatement dans leurs anciennes habitudes de consommation». Martin Bienlein rappelle qu’il est impossible de fermer hermétiquement un lieu de fête. Selon lui, cela peut conduire à une grande tentation chez les alcooliques. «Si l’envie est présente chez un alcoolique, il essaie d’accéder à l’alcool.»

«Dans des proportions acceptables»

Interrogée, Susanne Albiez, responsable du développement de l’entreprise au PBL, écrit que la fête sur le campus est une «tradition de longue date». Afin que le plus grand nombre possible de collaborateurs puisse participer à l’événement en toute simplicité, le PBL aurait décidé d’organiser la manifestation sur place. Selon elle, il va de soi que les collaborateurs ayant travaillé le vendredi n’ont pas consommé d’alcool et les autres «dans des proportions acceptables».

Selon Susanne Albiez, les patients avaient été informés au préalable de la fête prévue pour le personnel – y compris du fait que des boissons alcoolisées seraient servies. On aurait aussi veillé à ce que la fête se concentre sur une zone délimitée à l’extérieur et que tout le campus ne soit pas concerné.

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