30.06.2020 à 19:16

vaud

Des étrangers dans la police: nouvel essai au Parlement

Un député demande à ce que les détenteurs de permis C soient acceptés dans les rangs des forces de l’ordre. La pratique n’est en vigueur qu’à Neuchâtel et dans le Jura.

de
Yannick Weber
Pour l’instant, les étrangers au bénéfice d’un permis C ne peuvent s’engager à la formation de policier que s’il est prévu qu’ils soient naturalisés avant son terme.

Pour l’instant, les étrangers au bénéfice d’un permis C ne peuvent s’engager à la formation de policier que s’il est prévu qu’ils soient naturalisés avant son terme.

KEYSTONE

«Plus de diversité dans nos polices»: c’est le titre de la motion déposée ce mardi au Grand Conseil par le député Jean Tschopp (PS). L’élu demande à ce que les étrangers détenteurs de permis C soient autorisés à intégrer les rangs des corps de polices vaudois. A l’heure actuelle, ceux-ci ne peuvent que suivre la formation et doivent être naturalisés avant son terme. La politique est la même dans les cantons de Genève, du Valais et de Fribourg en ce qui concerne la Suisse romande.

Même idée, autre argument

Le Grand Conseil vaudois a déjà refusé pareille proposition par le passé. A l’époque, l’idée provenait surtout du constat de difficultés de recruter un nombre suffisant d’aspirants. Or aujourd’hui, la motivation est avant tout sociale, et le contexte politique fait de manifestations et d’accusations de violences policières et de racisme n’y est pas étranger.

Le texte de la motion du député socialiste mentionne George Floyd, le mouvement Black Lives Matter et «les procédures judiciaires en cours dans notre canton mettant en cause des policiers à la suite du décès d’individus noirs». Pour Jean Tschopp, intégrer des étrangers a un potentiel bénéfique dans ce contexte. «Comme toute communauté humaine, comme tout corps de métier, des polices plus diversifiées seraient certainement moins sujettes aux discriminations conscientes ou non et aux préjugés», écrit-il, tout en réaffirmant son soutien aux forces de l’ordre.

Lui-même le reconnait: autoriser les aspirants en cours de naturalisation permet déjà de recruter des nouveaux agents aux origines étrangères. «Mais aujourd’hui, un tiers de la population dans le canton de Vaud ne peut pas exercer ce métier. Les accepter renforcera cette diversité et reflétera mieux la société», estime le député.

Aucune ruée sur la police

En Suisse romande, seuls les cantons de Neuchâtel et du Jura autorisent déjà les étrangers à officier comme policiers, et ce depuis des années. La police cantonale jurassienne les accepte depuis plus de dix ans, mais ne compte à l’heure actuelle aucun détenteur de permis C parmi ses 140 policiers. Depuis l’introduction de la mesure, seul un agent a travaillé pendant plusieurs années sans avoir la nationalité suisse, avant de l’obtenir par choix personnel, informe Daniel Affolter de la police jurassienne. Dans le canton de Neuchâtel, la loi autorise les étrangers dans la police depuis 2007. En 2015, elle n’en comptait toujours aucun, mais disait compter de nombreux double-nationaux. En 2018, le nombre de permis C parmi les policiers se montait à 10.

Fin d’un clivage?

Plusieurs parlements cantonaux ont déjà traité la question par le passé. A Genève, un débat a eu lieu il y a deux ans et a donné lieu à un clivage gauche-droite. Alors que la droite dure voulait inscrire l’obligation pour les aspirants de détenir la nationalité suisse dans la loi, la gauche voulait ouvrir le métier aux permis C. Au final, le Parlement avait choisi le statu quo défendu par le PLR: permettre à ces derniers de suivre la formation, mais d’être naturalisés avant la fin. Le député Jean Tschopp a bon espoir pour ce coup ci dans le canton de Vaud. Son texte a obtenu des signatures venant notamment du parti Vert’libéral, du PLR et du groupe PDC-Vaud Libre. Son texte sera envoyé en commission puis reviendra à l’ordre du jour de l’assemblée pour un débat ultérieur.

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