25.04.2019 à 08:49

Votations du 19 maiDes femmes éclipsent les fusils pour convaincre

Les affiches du comité contre la révision de la loi sur les armes montrent un grand nombre de femmes. Un expert en communication les décrypte.

de
Yannick Weber
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Les femmes sont souvent des citoyennes, appelées seulement par leur prénom.

Les femmes sont souvent des citoyennes, appelées seulement par leur prénom.

Les hommes eux, ont quelques particularités qui tendent à masquer leur arme.

Les hommes eux, ont quelques particularités qui tendent à masquer leur arme.

A en croire le comité opposé à la directive sur les armes, soumise au vote le 19 mai, le milieu du tir est tout sauf un monde d'hommes. Sur son site, un dossier comporte 16 affiches de campagne différentes: 12 présentent des femmes, et seulement 4 des hommes. Leur représentation y est bien différenciée. Deux des hommes tiennent une arme de collection; la plupart des femmes des fusils plus modernes. Un homme porte un petit chien attendrissant sur les genoux, un autre est habillé en tireur sportif; alors que les femmes ne se parent que de peu d'artifices, laissant plus de place à l'arme.

Effacer la guerre

Pour Michael Kamm, directeur de l'agence de communication Trio, la stratégie est claire. Il s'agit «d'associer les valeurs de douceur et d'esthétisme, généralement attribuées aux femmes, à cette thématique de vote pour en effacer les aspects de guerre et de violence.»

«Il n'y a pas de stratégie délibérée derrière ces images. Nous avons simplement pris conscience qu'il y a de plus en plus de femmes amateurs de tir ou de sports extrêmes qui conquièrent les dernières parcelles de liberté et avons voulu souligner cette tendance», conteste Robin Udry, secrétaire général de ProTell et membre du comité. Quant à la connotation liée aux armes de guerre, le but ne serait pas de la cacher. «Celle-ci n'existe tout simplement pas en Suisse», ajoute-t-il.

Aide féminine spontanée

Pourtant, des éléments trahissent une représentation bien différente des genres. «Le détail qui tue, si j'ose dire: tous les sujets masculins sont appelés par leur nom complet, tandis que la très grande majorité des sujets féminins ne sont appelés que par leur prénom. Une preuve de paternalisme, oubliée par l'émetteur?» remarque Michael Kamm.

Le but serait paradoxalement de parler le moins possible des armes... pour convaincre de ne pas les restreindre. «Ce qui frappe, c'est la surcharge de messages symboliques et de textes qui finalement effacent le contenu même de la votation et relèguent l'arme quasi en tant qu'objet du quotidien», note le publicitaire.

Robin Udry, lui, dément toute intention stratégique maladroite: «Ce sont des femmes qui sont spontanément venues chez nous pour nous demander comment elles pouvaient nous aider pour la campagne», affirme-t-il. Le choix de les représenter massivement sur les affiches semble en tout cas porter ses fruits. Selon le 2ème sondage Tamedia, l'opposition des femmes à la loi a augmenté, bien que légèrement. Celle des hommes, par contre, tend à diminuer.

De l'UE à la Suisse

Le peuple se prononcera sur une adaptation à une directive de l'UE qui vise à restreindre à l'accès aux armes semi-automatiques, du même type que les fusils d'assaut de l'armée. Celles-ci seraient classées dans la catégorie des armes interdites. Des autorisations exceptionnelles pourraient être données aux tireurs sportifs sous certaines conditions. Le débat s'est rapidement porté sur la participation de la Suisse aux accords Schengen/Dublin. Selon les partisans de la loi sur les armes, un refus du peuple entraînerait une exclusion de la Suisse de ces accords, ce que les opposants contestent.

Les Alémaniques tirent à boulets rouges

Si la campagne est plutôt calme en Suisse romande, elle est bien plus agitée outre-Sarine. L'ancien conseiller national et rescapé de la tuerie de Zoug en 2001 Jo Lang s'est fait allumer par les opposants après avoir twitté que si la loi avait été en vigueur à l'époque, il y aurait eu bien moins que les 15 morts qui avaient été déplorés, raconte la «RTS». Les opposants ont traité Jo Lang de lâche. Selon eux, étant présent lors de la tuerie, il aurait pu et dû intervenir.

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