Actualisé 04.03.2010 à 19:22

Embargo libyen sur la Suisse«Des gesticulations grandiloquentes de Mouammar Kadhafi»

La Suisse a minimisé jeudi l'annonce de l'embargo sur ses produits par la Libye, y voyant une nouvelle «gesticulation» du leader libyen Mouammar Kadhafi dans la crise qui l'oppose à Berne alors que les échanges entre les deux pays sont déjà très réduits.

«Vu la faible importance du volume des échanges» entre la Suisse et la Libye, l'embargo prononcé par Tripoli n'aura «pas une influence considérable» sur l'économie suisse, estime le député démocrate-chrétien Dominique de Buman, membre de la commission parlementaire de l'économie.

«Il s'agit de gesticulations grandiloquentes de Mouammar Kadhafi qui ne font peur à personne car il est coutumier du fait», a renchéri le responsable du parti socialiste genevois, René Longet.

Les exportations helvétiques vers la Libye ne représentent que «moins d'un millième» du total de ses échanges avec l'étranger, a indiqué à l'AFP l'association Economie suisse. Elles ont atteint en 2009 156 millions de francs suisses (106 millions d'euros) sur les 180,3 milliards de francs exportés par la Suisse.

Les échanges commerciaux avec la Libye ont baissé de manière drastique en 2009 après la crise diplomatique entre Berne et Tripoli provoquée par l'interpellation musclée, en juillet 2008 à Genève, d'un fils de Mouammar Kadhafi, Hannibal, sur plainte de deux domestiques l'accusant de mauvais traitements.

Les exportations helvétiques, surtout des machines (57,5%) et des produits pharmaceutiques (23,8%), ont diminué de 44,7% en 2009 sur un an tandis que les importations de produits libyens -- essentiellement de pétrole --, ont baissé de 78,4%, selon les statistiques des douanes helvétiques.

Les entreprises des secteurs concernés se sont dites peu inquiètes jeudi. Le géant de l'ingénierie helvético-suédois ABB a indiqué à l'AFP ne plus exporter vers la Libye depuis le début des tensions entre Berne et Tripoli et l'arrestation du chef de sa filiale en Libye. Un porte-parole a précisé que le groupe continuait de remplir ses contrats sur place avec des salariés locaux.

L'industrie pharmaceutique assure que cette annonce aura peu d'impact sur ses activités. «La Libye n'est pas un marché très important», a précisé un porte-parole de l'association Interpharma, représentant les sociétés du secteur. Le dommage sera plus important «pour les patients libyens qui seront privés de médicaments».

L'annonce de l'embargo de Tripoli pourrait avoir plus de conséquences pour la Libye qui a fait de nombreux investissements pétroliers en Suisse, notamment une raffinerie et des stations de son groupe Tamoil, relève Economie suisse.

(afp)

Un «boycott économique» plutôt qu'une «attaque armée»

L'ambassadeur libyen en poste aux Etats-Unis a précisé jeudi la pensée du colonel Kadhafi qui a appelé récemment au «jihad» contre la Suisse. Selon le diplomate, Ali Aujali, le leader libyen évoquait un «boycott économique» contre la Confédération et non une «attaque armée».

L'ambassadeur répondait à une question de l'agence de presse Reuters. Il s'exprimait au lendemain de l'annonce par la Libye d'un embargo économique total sur la Suisse.

Le numéro un libyen Mouammar Kadhafi a appelé, dans un discours prononcé à la fin février, au «jihad» (»guerre sainte») contre la Suisse qu'il a qualifiée de «mécréante» et d'«apostate». Le leader a dénoncé à cette occasion l'interdiction de la construction des minarets votée par le peuple suisse en novembre dernier.

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!