Birmanie: Des habitants de Rangoun fuient après un «bain de sang»
Publié

BirmanieDes habitants de Rangoun fuient après un «bain de sang»

En proie à de violents affrontements dans leur quartier, des habitants de la capitale birmane ont décidé de quitter les lieux, mardi.

1 / 22
La junte birmane a démenti avoir suspendu l’accès à Internet dans les régions ravagées par le conflit, imputant la récente série de coupures à ses opposants. (Dimanche 26 septembre 2021)

La junte birmane a démenti avoir suspendu l’accès à Internet dans les régions ravagées par le conflit, imputant la récente série de coupures à ses opposants. (Dimanche 26 septembre 2021)

AFP
Les forces de sécurité birmanes ont tué plus d’un millier de civils depuis le coup d'Etat il y a un peu plus de six mois, a déclaré mercredi une ONG de surveillance des droits.

Les forces de sécurité birmanes ont tué plus d’un millier de civils depuis le coup d'Etat il y a un peu plus de six mois, a déclaré mercredi une ONG de surveillance des droits.

AFP
Le rapporteur spécial de l’ONU sur la Birmanie a accusé mercredi la junte d’avoir commis des «crimes contre l’humanité». (Mercredi 7 juillet 2021)

Le rapporteur spécial de l’ONU sur la Birmanie a accusé mercredi la junte d’avoir commis des «crimes contre l’humanité». (Mercredi 7 juillet 2021)

AFP

Des habitants de Rangoun ont fui en nombre, mardi, un quartier de Rangoun en proie à de violents affrontements ces derniers jours, tandis que des familles de manifestants pro-démocratie s’apprêtent à enterrer leurs morts après «le bain de sang» des forces de sécurité.

Plus de 180 civils ont été tués depuis le coup d’État du 1er février contre Aung San Suu Kyi, d’après l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP). Le bilan s’est considérablement alourdi ces trois derniers jours, la junte semblant plus déterminée que jamais à réprimer la contestation en faisant fi des nombreuses condamnations internationales. Face à cela, des résidents ont décidé de quitter Rangoun.

À Hlaing Tharyar, une banlieue industrielle de la capitale économique qui abrite des travailleurs pauvres employés dans les usines textiles, nombre d’entre eux ont quitté le quartier dans la précipitation mardi matin. Certains ont entassé leurs affaires et leurs animaux de compagnie dans des camions, des tuk-tuks ou sur des deux-roues, d’après des images diffusées par un média local. «On a pu voir des gens sur les routes à perte de rue (qui) fuient pour regagner leur région d’origine», a relevé une autre publication.

Des manifestants inertes trainés dans une rue recouverte de sang (3 mars 2021)

Loi martiale décrétée

La loi martiale a été décrétée dimanche dans cette banlieue après l’incendie de plusieurs usines chinoises par des assaillants. Les forces de sécurité s’étaient alors déployées en nombre, ouvrant le feu et tuant des dizaines de manifestants.

Toute personne interpellée dans le quartier et les cinq autres cantons de Rangoun, où la loi martiale a été instaurée, risque d’être renvoyée devant un tribunal militaire, avec une peine minimale de trois ans de travaux forcés.

La Birmanie s’apprête mardi à enterrer ses morts. Au moins 20 contestataires ont été tués la veille, d’après l’AAPP. Dimanche avait marqué la journée de répression la plus sanglante avec 74 civils abattus, la junte faisant part du décès d’un policier. «Beaucoup d’adolescents ont été tués et l’usage des balles réelles s’intensifie même la nuit», déplore l’AAPP. Sollicitée, l’armée n’a pas répondu aux requêtes de l’AFP.

Plusieurs manifestants ont perdu la vie, tués par la junte birmane.

Plusieurs manifestants ont perdu la vie, tués par la junte birmane.

AFP

«Martyrs»

Les funérailles de plusieurs manifestants doivent se tenir mardi dans le pays, notamment à Rangoun. Des veillées ont eu lieu cette nuit à travers la Birmanie, selon des images diffusées sur les réseaux sociaux. «R.I.P» (Repose en paix), ont écrit avec des bougies des habitants de Mandalay, la deuxième ville du pays. «Nous soutenons nos martyrs», «on se battra jusqu’au bout», pouvait-on lire sur les réseaux sociaux.

De petits groupes épars de contestataires se sont rassemblés mardi à Rangoun, mais ils étaient peu nombreux par peur des représailles, ont constaté des journalistes de l’AFP. La junte a aussi coupé depuis dimanche les connexions Internet mobile, rendant plus difficile la coordination entre les protestataires. Ces dernières n’étaient toujours pas rétablies mardi en fin de matinée.

Protestations internationales

Les violences des derniers jours ont provoqué un nouveau concert de protestations internationales. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a ainsi dénoncé, par l’intermédiaire de son porte-parole Stéphane Dujarric, un «bain de sang». Il a aussi appelé la communauté internationale «y compris les acteurs régionaux, à se rassembler en solidarité avec le peuple birman et ses aspirations démocratiques». Washington a exhorté de son côté à l’unité «contre le coup et l’escalade de la violence».

Après les violences de dimanche, au cours desquelles 30 usines chinoises ont été attaquées selon les médias d’État, Pékin s’est dit «très préoccupé» pour la sécurité de ses citoyens en Birmanie. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Zhao Lijian, a demandé aux autorités de prendre des mesures pour «éviter résolument que de tels incidents ne se reproduisent».

Le ressentiment à l’égard de la Chine s’est intensifié ces dernières semaines, en Birmanie, certains estimant que sa position vis-à-vis des généraux birmans n’est pas assez ferme.

2200 arrestations

L’armée riposte aussi sur le terrain judiciaire. Hommes politiques, responsables locaux, activistes, artistes, fonctionnaires grévistes: près de 2200 personnes ont été arrêtées depuis le 1er février selon l’AAPP, dont Aung San Suu Kyi, 75 ans, toujours mise au secret.

L’ancienne cheffe de facto du gouvernement civil devait comparaître par vidéoconférence lundi, mais l’audience a été reportée faute d’Internet.

La lauréate du prix Nobel de la paix 1991 est inculpée pour quatre infractions. Elle est aussi accusée de corruption, le régime affirmant qu’elle a perçu en guise de pots-de-vin 600’000 dollars et plus de 11 kilos d’or. La prochaine audience doit se tenir le 24 mars.

Les Etats-Unis réagissent

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a accusé mardi, la junte birmane de «brutalement réprimer des manifestants pacifiques», alors que les violences contre les opposants au coup d’État militaire se sont intensifiées ces derniers jours, dans le pays.

«En Birmanie, l’armée tente de renverser les résultats d’une élection démocratique et elle est en train de brutalement réprimer des manifestants pacifiques», a dénoncé Antony Blinken, à Tokyo, où il effectuait son premier déplacement à l’étranger, depuis sa prise de fonction, fin janvier.

(AFP)

Ton opinion