Bombes à sous-munitions: Des institutions financières suisses épinglées
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Bombes à sous-munitionsDes institutions financières suisses épinglées

Le Crédit Suisse, l'UBS et quatorze autres institutions financières suisses ont été épinglées pour continuer à investir dans la production de bombes sales.

Seize institutions financières suisses, dont principalement le Credit Suisse (CS) et l'UBS, continuent d'investir dans la production de bombes à sous-munitions, a dénoncé mercredi Handicap International. Ce type d'investissements doit être banni, selon l'ONG.

Le traité d'interdiction des bombes à sous-munitions, entré en vigueur le 1er août 2010, mais pas encore ratifié par la Suisse, interdit l'assistance à la production de ces armes qui visent avant tout les civils, ont expliqué la conseillère aux Etats Liliane Maury Pasquier (PS/GE) et le conseiller national Hugues Hiltpold (PRD/GE) lors d'une conférence de presse à Genève.

«L'argent est le nerf de la guerre. Il faut interdire le financement de ces armes», a affirmé Liliane Maury Pasquier. Au total 166 institutions financières de 15 pays fournissent plus de 39 milliards de dollars à huit producteurs connus de bombes à sous- munitions et de leurs composants, selon un rapport de Pax Christi (Pays-Bas) et Netwerk Vlaanderen (Belgique) publié mercredi.

Les banques américaines sont de loin les plus impliquées dans des liens financiers avec des entreprises produisant des bombes à sous- munitions, avec 73 institutions sur 166. Suivent la Corée du Sud (26) et la Chine (21).

Des progrès

«Il y a des progrès d'une année sur l'autre. Le Credit Suisse a exprimé sa volonté d'agir, mais il ne peut pas encore garantir l'application de sa politique de désinvestissement dans toutes ses filiales», a précisé le représentant de Handicap International Paul Vermeulen. «La politique de l'UBS en la matière est toujours insuffisante, faute des clarifications nécessaires», a-t-il ajouté.

Tant le CS que l'UBS ont affirmé qu'un processus de désengagement est en cours. «Nous reconnaissons les difficultés à mettre en place des procédures de désinvestissement complètes», a indiqué Paul Vermeulen.

Les banques arguent qu'il est difficile de différencier les investissements dans de vastes conglomérats à la fois civils et militaires. Pour les ONG, ces pressions financières doivent pousser les producteurs à abandonner le secteur des bombes à fragmentation.

Credit Suisse a souscrit des actions et/ou obligations en 2009 à un producteur de bombes à sous-munitions, Textron (Etats-Unis). A fin janvier 2011, la banque possèdait des actions ou obligations chez deux autres producteurs, Singapore Technologies Engineering et Hanwha Corporation (Corée du Sud), selon les chercheurs mandatés par les ONG.

UBS a aussi souscrit des actions et obligations de Textron en 2009 ainsi que de Lockheed Martin (Etats-Unis) et Poongsan (Corée du Sud) en 2010, selon le rapport, fondé sur des données publiques.

Une recherche de l'Institut Profundo fait apparaître qu'en dehors du Credit Suisse et d'UBS, 14 autres institutions financières suisses sont détentrices d'actions et trois d'obligations des huit producteurs, mais pour des volumes mineurs, inférieurs à 0,1%.

Il s'agit de Bâloise Group, de la Banque cantonale vaudoise, de Clariden Leu, Corner Bank, Gonet & Cie, Lombard Odier Darier Hentsch, Pharus Management, Pictet & Cie, Swiss & Global Asset Management, Swiss Life, Swisscanto, la Banque cantonale de Zurich, Finter Bank Zurich et Swiss Re.

Tradition humanitaire

Les Chambres fédérales ont accepté l'an dernier les deux motions proposées par Liliane Maury Pasquier et Hugues Hiltpold demandant de mentionner dans la Loi fédérale sur le matériel de guerre (LFMG) l'interdiction pour toute personne physique ou morale de financer les bombes à sous-munitions et mines antipersonnel.

«La Suisse doit se montrer cohérente avec sa tradition humanitaire. La place financière suisse a tout à gagner à améliorer sa réputation, sa crédibilité et sa propreté», a argumenté la conseillère aux Etats genevoise.

Le Conseil fédéral doit présenter d'ici la fin de l'année son message aux Chambres sur la ratification de la Convention interdisant les armes à sous-munitions. La Convention a été signée par la Suisse en décembre 2008 à Oslo. Jusqu'ici 57 pays l'ont ratifiée. Des bombes à sous-munitions ont été utilisées récemment en Libye par les forces de Mouammar Kadhafi, selon Human Rights Watch (HRW). (ats)

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