Alpes: Des itinéraires mythiques font les frais de la canicule

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AlpesDes itinéraires mythiques font les frais de la canicule

En raison du danger marqué, les guides n’empruntent plus certaines voies de sommets emblématiques comme le Cervin ou le Mont-Blanc et ont même renoncé à la Jungfrau.

Des randonneurs marchent devant la montagne du Cervin, à Zermatt, le 8 août 2020.

Des randonneurs marchent devant la montagne du Cervin, à Zermatt, le 8 août 2020.

AFP

Chaque été, randonneurs et touristes se jettent habituellement avec ferveur sur les sentiers alpins dans l’espoir d’atteindre certains des plus beaux sommets d’Europe. Mais la fonte des glaciers et le dégel du permafrost, des phénomènes qui selon les scientifiques sont dus au changement climatique, ont rendu des itinéraires trop dangereux, avec notamment des chutes de pierres répétées. «Actuellement dans les Alpes, il y a des mises en garde pour environ une dizaine de sommets, dont les sommets emblématiques comme le Mont-Cervin et le Mont-Blanc», a déclaré le secrétaire général de l’Association suisse des guides de montagne, Pierre Mathey. «Normalement c’est des fermetures que l’on voit plutôt au mois d’août. Et là elles ont eu lieu fin juin, début juillet», a-t-il dit.

«Report»

Les guides qui acheminent habituellement chaque année des milliers de passionnés vers les plus hauts sommets d’Europe ont décidé de ne plus emprunter certains itinéraires pour l’ascension du Mont-Blanc. Une décision «pas facile à prendre» mais nécessaire face aux «conditions particulièrement délicates de ces dernières semaines dues à la hausse significative des températures», ont expliqué les guides alpins italiens sur leur page Facebook cette semaine.

En Suisse aussi, les guides ont renoncé à l’ascension de la célèbre Jungfrau. Ils ont également déconseillé de suivre les itinéraires situés sur les versants italien et suisse du Cervin, montagne helvétique emblématique. Ces mesures sont un coup dur après deux saisons difficiles marquées par la pandémie de Covid-19, a expliqué le président de l’association des guides de la vallée d’Aoste en Italie, Ezio Marlier.

«Ce n’est pas simple après deux saisons presque totalement vides de prendre la décision d’arrêter le travail», a-t-il dit. Mais il déplore que de trop nombreuses personnes annulent leur séjour alors que certains itinéraires restent praticables. «On a la possibilité de faire plein d’autres choses, mais normalement les gens qui veulent le Mont-Blanc, ils veulent le Mont-Blanc».

Glaciers dangereux

L’accès aux glaciers qui ont fondu à un rythme accéléré cette année comporte également des risques. «Les glaciers sont actuellement dans l’état qu’ils connaissent habituellement à la fin de l’été, voire plus tard», a expliqué Andreas Linsbauer, glaciologue à l’Université de Zurich: «il est certain que nous allons battre un record». Selon cet expert, cet été «vraiment extrême» pour les glaciers est dû à une combinaison de facteurs. Les chutes de neige exceptionnellement faibles l’hiver dernier ont amenuisé le manteau neigeux protégeant les glaciers de la chaleur. Et le sable venu du Sahara plus tôt dans l’année a assombri la neige, ce qui la fait fondre plus rapidement. Plusieurs glaciers suisses devraient mourir cette année.

Cas de la Marmolada

Les vagues de chaleur successives qui ont frappé l’Europe depuis mai ont enfin accéléré la fonte des glaciers, les rendant instables. Comme en Italie, où un énorme bloc du glacier de la Marmolada s’est effondré en juillet, une tragédie ayant fait onze morts. Le glacier avait été fragilisé par le réchauffement climatique ainsi que par des températures records enregistrées cette année en Italie, 10 °C au sommet de la Marmolada la veille de la catastrophe. Les fortes chaleurs ont accéléré sa fonte et l’eau s’est accumulée sous la calotte glaciaire, la rendant instable.

«Un danger supplémentaire»

Pour Mylène Jacquemart, spécialiste des glaciers à l’École polytechnique fédérale de Zurich, l’effondrement de l’énorme bloc du glacier de la Marmolada comporte encore des inconnues. «Mais de façon générale, plus les eaux fondent et plus la situation se complique et devient dangereuse», a-t-elle confié. Pierre Mathey a souligné lui aussi que «ces poches d’eau, dans des périodes de grand beau temps avec des températures très élevées, sont un danger supplémentaire, parce que ça n’est pas visible». Mais il reste confiant, estimant que les guides trouveront des itinéraires alternatifs: «La résilience est vraiment l’ADN du guide de montagne… et l’adaptabilité».  «C’est la montagne qui décide. Pas l’humain», a-t-il dit.

(AFP)

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