Football: Des jeunes, une boutique et un marché de Noël
Actualisé

FootballDes jeunes, une boutique et un marché de Noël

Soucieux de rajeunir son image et de remplir son futur nouveau stade, le Lausanne-Sport investit de nouveaux terrains.

par
Robin Carrel
DR

Un tatoueur, un barbier, des cosmétiques, une friperie, des créateurs, une papèterie, du vermouth, une joaillerie, du chocolat Leur point commun? Ils viennent des environs de Lausanne et participeront, ce samedi 7 décembre, au marché de Noël du Lausanne-Sport. Celui-ci aura lieu dans la salle sud du vénérable Stade de la Pontaise, ce qui assure aux clients une température bien supérieure à celle que les fans subiront en extérieur, à l'occasion de la réception de Vaduz, le lendemain à 15 heures.

Le LS s'aventure donc sur un terrain qui semble bien loin de son habituel pré vert qu'il foule tous les week-ends en Challenge League. Un «trend» assumé depuis quelques années dans certains clubs européens, pour tenter de toucher des clients potentiels, des jeunes surtout, qui ne penseraient pas forcément à aller dans les stades un jour. A l'heure du repli sur soi, de la communication entre êtres humains via Snapchat ou des nuits passées sur Fortnite à combattre d'autres gens au bout du monde, ça a son petit charme.

«Les choses ont été lancées d'abord par notre nouveau merchandising, qui a très bien marché auprès des jeunes et qui a conquis des créateurs de la ville. Ensuite, des marques ont demandé à pouvoir travailler avec le logo du LS. Il plaît!, se félicite Vincent Steinmann, directeur commercial et marketing du club. Alors on s'est dit: autant rassembler tous ces jeunes créateurs, ces labels du coin, autour d'un marché car l'intérêt est large. Le but, c'est aussi de nous rapprocher des jeunes et des nouvelles tendances.»

Tels des VIP qui se rencontrent et «réseautent» dans les loges des enceintes sportives modernes, les micro-entrepreneurs des environs pourront en faire de même et toucher directement un autre public, ce samedi à la Pontaise entre 12 heures et 20 heures, où restauration, animations et DJ sont aussi au programme.

Les organisations sportives ont besoin de se mettre à la page, afin de toucher de nouveaux spectateurs potentiels. C'est encore plus vrai pour le Lausanne-Sport version Ineos et son nouveau stade, qu'il investira enfin en milieu d'année prochaine. Le club vaudois, c'est une institution, c'est vrai, et c'est ce que reflète peut-être un peu trop bien la moyenne d'âge de ses abonnés actuels qui est de 54 ans (oui, vous avez bien lu). Vu son histoire récente faite de quelques hauts et de pas mal de bas, imaginez quelle image a du LS un jeune adulte... La dernière Coupe de Suisse remportée date de 1999 et le dernier sacre en championnat de 1965. C'était il y a 54 ans, soit pile le chiffre vu trois lignes plus haut!

Mercredi déjà, le club vaudois avait franchi un autre pas dans son histoire à lui, en inaugurant sa première boutique dédiée au centre-ville. Une échoppe aux couleurs de son équipementier avec un coq qui fait du sport, qui a été bien davantage été relayée sur les réseaux sociaux que dans les pages imprimées ou web des médias dits traditionnels. Sur place, environ deux journalistes TV ou écrit et, surtout, une flopée d'influenceurs, dont les comptes vont de quelques centaines de suiveurs sur Instagram à plusieurs milliers. Une autre manière de communiquer en direction d'un public là aussi bien moins traditionnel que celui qui reste «en boire une» le week-end au Hat-Trick ou à la Confrérie de l'enceinte des Plaines-du-Loup.

«Depuis 15 ans, on n'a plus vu le LS briller. On veut tout faire pour que les jeunes qui se promènent avec un survêtement de Manchester City ou du Real Madrid choisissent aussi celui du Lausanne-Sport. Nous devons aller les chercher, s'enthousiasme Steinmann. Il y a une bonne énergie dans cette ville et sur les 170 personnes venues inaugurer la boutique mercredi soir, une centaine environ avait moins de 30 ans et est active sur les réseaux sociaux. On veut porter notre marque dans les rues de Lausanne et du canton de Vaud. On espère aussi que parmi les gens qui viendront samedi au marché de Noël, on en retrouvera au moins une partie le lendemain contre Vaduz ou lors d'un match un jour à la Tuilière.»

Le défi est de taille, mais le LS essaie de tout mettre en oeuvre pour que son nouvel écrin sonne plein la saison prochaine. Des abonnements à prix cassés ont été lancés, pour inciter ceux qui se projettent déjà dans le «mur» de 1800 supporters qu'ils découvriront dans quelques mois à s'abonner et faire descendre la moyenne d'âge canonique. Les coursives et les salles de ce nouveau stade sont aussi appelées à accueillir de manière récurrente ce genre d'événements, histoire de faire vivre la Tuilière davantage qu'une fois toutes les deux semaines, quand le Lausanne-Sport y joue. Un défi au moins aussi ambitieux qu'une promotion en Super League.

Une boutique qui réinsère

Dans le canton de Vaud, près de trois mille jeunes de 18 à 25 ans n'ont pas ou peu de formation. Quand on sait que la majorité des gens à l'aide sociale n'ont pas de formation professionnelle et risquent donc d'y rester, les autorités tentent d'y remédier via diverses actions. Mais le «privé» peut lui aussi apporter sa pierre à cet édifice en reconstruction et la nouvelle boutique du Coq Sportif à la Rue St-Laurent, où le Lausanne-Sport est largement à l'honneur, y contribue.

A l'heure actuelle, quatre jeunes y réalisent leur apprentissage et touchent à toutes les facettes du métier. «Ils y travaillent à tous les niveaux, indique Joël Gavin, directeur de COOQPIT, acronyme de COOpérative Qui Promeut l'Insertion par le Travail. Aussi bien à la réception de la marchandise qu'à étiquetage ou à la mise en place et à la vente. Ce sont des apprentis comme les autres! C'est un pari, mais c'est très formateur et permet de donner de meilleures chances d'insertion pour des jeunes ou des jeunes adultes.» Active depuis 2008 dans le magasin de Villeneuve, déménagé ensuite à Aubonne, cette coopérative s'occupe de commerces dont la gestion leur a été confiée par la marque française, achetée en 2005 par feu Robert Louis-Dreyfus – ancien propriétaire d'Adidas – et relancée via la société d'investissement suisse Airesis. En tout, ce ne sont pas moins d'une dizaine d'apprentis vaudois qui y ont une chance de rebondir.

Ton opinion