Réquisitoire du crime d'Epalinges: Des lignes de défense opposées
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Réquisitoire du crime d'EpalingesDes lignes de défense opposées

Le procureur et la partie civile demandent de lourdes peines de prison. L'avocat du Suisse demande une peine un peu plus légère pour son client et l'avocat de l'Albanais plaide pour sa libération.

par
Joël Burri

Christophe P. et Besnik A. comparaissaient depuis lundi devant la cours criminelle de Lausanne. Ils sont accusés d'avoir battu à mort Christian von Kaennel lors d'un violent vol le 29 décembre 2008.

Durant le réquisitoire qui a eu lieu vendredi, tout comme durant l'entier de ce procès qui s'est ouvert lundi deux versions radicalement opposées de ce qui s'est passé cette funeste fin de nuit s'opposent. Alors que l'un des accusés avoue les faits et a collaboré à l'enquête, l'autre nie farouchement.

Besnik A. nie encore et toujours

Pour l'avocat de l'Albanais, son client a été victime d'une machination visant à l'impliquer dans un crime auquel il n'aurait jamais participé. Alors que le Procureur, l'avocate de madame von Kaennel sont plus enclin à suivre une thèse basée sur le récit du Suisse Christophe P. Une version qui est de plus largement accréditée par l'enquête.

Mais Maître Lob, avocat de Besnik A. discrédite le travail de la police dans sa plaidoirie. Selon lui, l'enquête a été menée à charge. Il note que Christophe P. est un «un menteur patenté». Il note aussi que son client a un casier judiciaire très léger, ce qui ne colle pas, selon lui, avec l'homme violent décrit dans les plaidoiries précédentes.

Le défenseur de Besnik A. n'exclut pas que Thérésa G. et Christophe P. aient profité d'avoir trouvé des habits laissés par l'Albanais chez son ancienne amie. Ils auraient alors volontairement transféré des empreintes génétiques qui se trouvaient sur des habits portés pendant le crime sur des vêtements ayant appartenu à Besnik A., par exemple par frottement.

L'avocat termine sa plaidoirie en annonçant qu'il est convaincu de l'innocence de son client. Il rappelle que Besnik A. a un alibi. Selon les registres il était au centre de requérants des Boveresses au moment des faits. «Si vous avez le moindre doute, vous devez libérer Besmik A.», conclut-il.

L'avocat du Suisse veut que son client ne soit condamné «que» pour brigandage

Mais Me Lob l'avoue, il est bien seul. Même l'avocat de son supposé complice défend une version des faits qui accablent son client.

Me Mathias Burnand reconnaît que son client a toujours voulu commettre un brigandage. Pas plus pas moins. Il est, selon son défenseur, trop «stupide» pour avoir organisé à l'avance le plan. Et de poursuivre: «D'un côté, on a un idiot absolu et de l'autre une brute absolue». Son client, voyant qu'il était fauché, a eu l'idée au dernier moment de ce brigandage. Pour cela, il embarque son compère avec lui, explique encore l'avocat.

«Ce que Christophe P. ignore, c'est que Besnik A. n'est pas un technicien du coup de poing mais un homme violent et brutal», explique Me Burnand. C'est en revenant du garage que Christophe P. aurait découvert que Besnik A. avait fait preuve d'une grande violence à l'encontre du couple von Kaennel.

Me Burnand demande, de plus que soit pris en compte la participation à l'enquête de son client. «Si vous pouvez condamner Besnik A., vous le devrez uniquement à Christophe P.»

Le procureur requiert 15 ans et la perpétuité

Mais pour le Procureur Eric Cottier, il ne s'agit pas seulement d'un sordide brigandage, mais bel et bien d'un assassinat, un acte qui est punis plus sévèrement. Tous deux ont donné des coups, tous deux ont frappé leur victime à la tête, s'acharnant sur un homme de 67 ans qui gisait au sol, gémissant et saignant abondamment.

Le procureur ne croit pas aux dénégations de l'un des accusés, requérant d'asile albanais de 29 ans, qui nie avoir participé au drame. La femme du retraité, qui a vu son mari mourir sous ses yeux, l'a reconnu, a rappelé Eric Cottier. «Sur les points déterminants, son témoignage n'a pas varié», a-t-il ajouté.

Le Ministère public rappelle que l'ADN de la victime a été retrouvé sur la veste et les pantalons du prévenu et que son complice est formel: ils étaient ensemble dans la villa. Le «plus violent» du duo «n'avouera jamais» mais il est bien «le deuxième homme» de ce funeste 29 décembre au petit matin, estime Eric Cottier.

Lors de sa deuxième intervention il lancera à l'intention de Me Lob, défenseur de la thèse de la machination «Je me demande si à force de travailler avec des gens aux consommations étranges on ne fini pas par tenis des propos stupéfiants».

Le meneur

Le premier homme, le «meneur», celui qui a eu l'idée du cambriolage, est un Suisse de 24 ans, ancien candidat à Mister Suisse romande. Il reconnaît sa participation, mais nie avoir donné des coups. Dans son cas aussi, le procureur n'y croit pas et balaye les efforts de ce «manipulateur» qui veut passer pour «pas si méchant que ça».

Le jeune homme, «un violent de longue date», a de nombreux antécédents judiciaires. Si la peine requise à son encontre est moins lourde, c'est parce que le Parquet veut «laisser ouverte une petite lucarne» car «l'accusé a montré une certaine sincérité, il a collaboré durant l'enquête et exprimé certaines excuses».

Peine globale

C'est aussi parce que le procureur propose de révoquer le sursis obtenu dans trois précédentes condamnations de 2008 et 2009. Au final, il pourrait écoper d'une sanction globale de 19 ans de réclusion.

Pour tous deux, Eric Cottier a retenu le brigandage qualifié et l'assassinat, forme aggravée du meurtre. Les deux hommes ont fait preuve d'une absence particulière de scrupules. «Leur mobile était d'autant plus odieux qu'ils ont tué parce que le butin était trop maigre: 3000 francs et 200 euros», a rappelé le procureur général.

40 ans de bonheur anéantis

Enfin, le procureur a rendu hommage à la femme de la victime, qui suit ce procès avec douleur et dignité. «C'est une femme anéantie mais courageuse, debout mais cassée». Il rappelé à quel point le couple d'anciens restaurateurs a vécu de manière fusionnelle. «40 minutes de haine et d'horreur ont anéanti 40 ans de bonheur».

S'exprimant en premier, la partie civile a réclamé la réclusion à vie à l'encontre des deux accusés. Me Véronique Fontana a demandé une «peine exemplaire et dissuasive» contre ces «deux vulgaires gouapes» qui n'ont strictement rien fait de bien dans leur vie.

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