Actualisé 24.01.2011 à 22:40

Heurts en TunisieDes manifestants bravent le couvre-feu

Alors que l'armée se dit garante de la révolution, des centaines de manifestants tunisiens bravaient lundi le couvre-feu, devant le palais où siège le Premier ministre.

Un remaniement ministériel est imminent en Tunisie, a annoncé le porte-parole du gouvernement. L'armée a rompu son silence, se portant «garante de la révolution».

Le plus haut responsable de la diplomatie américaine pour le Proche-Orient, le sous-secrétaire d'Etat, Jeff Feltman, est par ailleurs arrivé lundi à Tunis pour des entretiens sur «les réformes démocratiques et les élections» avec le gouvernement de transition, a annoncé le département d'Etat.

Dix jours après la fuite en Arabie saoudite de l'ancien président Zine El Abidine Ben Ali et la chute de son régime répressif de 23 ans, la situation reste instable en Tunisie où des milliers de manifestations réclament chaque jour un gouvernement débarrassé des caciques de l'ancien régime.

Pour le maintien de ministres RDC

Un remaniement est imminent, «peut-être d'ici demain» (mardi), a annoncé dans un entretien le porte-parole du gouvernement de transition Taieb Baccouch, qui est également ministre de l'Education. Il s'est par ailleurs prononcé «à titre personnel» pour le maintien des ministres qui ont servi sous Ben Ali au nom de «la continuité de l'Etat», arguant notamment qu'ils sont minoritaires.

«Il ne faut pas oublier qu'il y a des postes non pourvus», a-t-il déclaré dans un entretien à l'AFP, rappelant que cinq ministres ont démissionné la semaine dernière: trois syndicalistes, un opposant, et un membre de l'ancien parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel tunisien (RCD).

L'armée, adulée en Tunisie depuis qu'elle a refusé de tirer sur les manifestants de la «révolution du jasmin», a pris la parole pour la première fois lundi, s'affichant en «garante de la Révolution» et s'engageant à respecter la Constitution.

Le vide, la terreur, la dictature

«L'armée nationale se porte garante de la Révolution. L'armée a protégé et protège le peuple et le pays», a lancé au mégaphone le chef d'état-major de l'armée de terre, le général Rachid Ammar, dans une intervention improvisée devant des centaines de manifestants devant la mairie, dans le quartier de la Kasbah, siège du pouvoir politique à Tunis.

Le chef d'état-major a appelé les manifestants, dont beaucoup de jeunes issus des provinces déshéritées et rebelles du centre du pays, à lever le siège des bureaux du premier ministre qu'ils ont entamé dimanche et poursuivi lundi.»cut»

«Vos demandes sont légitimes. Mais j'aimerais que cette place se vide, pour que le gouvernement travaille, ce gouvernement ou un autre», a-t-il poursuivi, évitant d'apporter un soutien trop explicite au gouvernement de transition. Il a lancé cette mise en garde à la foule: «Le vide engendre la terreur, qui engendre la dictature».

Mais il n'a pas été entendu et des centaines de personnes bravaient lundi soir le couvre-feu et la nuit glaciale, pour la deuxième nuit consécutive, sous les fenêtres du premier ministre.

La contestation ne s'essouffle pas

«La Kasbah, c'est la Bastille de la Tunisie et on va la démonter, comme les sans-culottes français ont fait tomber la Bastille en 1789», avait promis da dans la journée un des milliers de manifestants, alors que des heurts ont brièvement opposé jeunes et policiers anti-émeute. L'essoufflement de la contestation populaire, sur laquelle tablait le gouvernement, ne s'est pas produite.

Ses efforts pour remettre le pays sur les rails ont d'entrée été plombés par une «grève illimitée» très suivie des instituteurs réclamant eux aussi le départ des anciens ministres de M. Ben Ali, en ce jour de reprise officielle des cours dans les maternelles, le primaire et pour les lycéens de classe terminale.

Le syndicat national de l'enseignement secondaire a appelé à son tour lundi à une journée de grève le jeudi 27 janvier et à participer à des manifestations pour demander «la dissolution du gouvernement qui a été imposé» aux Tunisiens.

Depuis son exil londonien, le chef du parti islamiste tunisien Ennahda, Rached Ghannouchi, a annoncé qu'il allait passer la main aux jeunes à la tête de son parti interdit sous le régime Ben Ali, dans une interview à la chaîne de télévision France 24. (afp)

Evénements des derniers jours:

17 janvier

- Manifestations pour exiger la dissolution du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) de Ben Ali.

- Mohammed Ghannouchi annonce un «gouvernement d'union nationale» marqué par l'entrée de trois chefs de l'opposition, mais dans lequel l'équipe sortante conserve les postes clés.

18 janvier

- Dispersion violente de manifestants parmi lesquels des islamistes hostiles à la présence de ministres de Ben Ali.

- Démission des trois ministres de l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), suivie les 19 et 20 par celle d'un chef de l'opposition et d'un ministre de l'ancien régime.

- Démission du RCD du président par intérim et du Premier ministre.

19 janvier

- Trois partis d'opposition légalisés en trois jours.

- Foued Mebazaa s'engage à «une rupture totale avec le passé».

- Plus de 100 morts en cinq semaines (ONU).

20 janvier

- 33 membres de la famille de Ben Ali arrêtés ces derniers jours (télévision).

- Le gouvernement adopte un projet de loi d'amnistie générale qui concernera aussi les islamistes d'Ennahdah (renaissance) et annonce que l'Etat prendra possession des biens du RCD.

21 janvier

- Début de trois jours de deuil national «en mémoire des victimes» du soulèvement.

- Mohammed Ghannouchi s'engage à quitter la politique après la transition qui s'achèvera avec des élections «démocratiques et transparentes». Il s'engage à ne pas toucher au statut de la femme et à «abroger les lois antidémocratiques».

- L'UGTT appelle à un gouvernement «de salut national».

22 janvier

- : Des milliers de Tunisiens, dont des policiers, manifestent à Tunis, mêlant revendications sociales et appels à un nouveau gouvernement.

- Le parti de l'opposant Moncef Marzouki, rentré d'exil le 18, réclame une nouvelle Constitution.

23 janvier

- La pression de la rue pour «faire tomber le gouvernement» s'accentue devant le palais du Premier ministre à Tunis, où débarque un millier de jeunes venus du Centre-Ouest du pays.

- Trois proches collaborateurs de Ben Ali en résidence surveillée.

24 janvier

- Des milliers de manifestants exigent la démission du gouvernement, notamment devant le siège du Premier ministre où des heurts limités ont lieu avec la police.

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!