Actualisé 17.07.2014 à 09:43

Allemagne/Suisse

Des mères mettent en vente leur lait maternel

Un site allemand propose aux femmes de vendre leur lait maternel à celles qui ne peuvent pas allaiter leur bébé. Des experts mettent en garde contre les risques sanitaires.

de
Romana Kayser/ofu
Sur «Muttermilch Börse», les 100 ml coûtent jusqu'à 10 euros (environ 12 francs suisses).

Sur «Muttermilch Börse», les 100 ml coûtent jusqu'à 10 euros (environ 12 francs suisses).

«Lait maternel bio d'une mère heureuse», «Lait tiré, congelé et emballé de manière stérile» ou encore «Mère végétalienne cherche petit bout de chou affamé». Voilà une petite sélection d'annonces trouvées sur le site internet allemand «Muttermilch Börse», lancé le 29 janvier dernier par Tanja Müller. Sa bourse au lait se fonde sur le principe de l'offre et de la demande: pendant que certaines mamans produisent parfois trop de lait pour nourrir leur petit, d'autres n'en produisent pas assez ou pas du tout. Le site a donc pour objet de mettre en relation ces mamans. Les 100 ml peuvent coûter jusqu'à 10 euros (environ 12 francs suisses).

«De nombreuses femmes voudraient nourrir leur bébé avec du lait maternel, mais ne le peuvent pas», explique Tanja Müller, mère et experte en communication de 37 ans. Depuis le lancement de son site, 135 femmes allaitantes y ont placé une annonce. La trentenaire affirme avoir eu plusieurs demandes venant de Suisse. Depuis peu, les Suissesses ont donc également la possibilité de commander du lait maternel via sa page web. Reste que pour l'instant ses clientes sont toutes allemandes.

L'initiative de Tanja Müller a rapidement suscité de nombreuses polémiques. La directrice de l'association suisse des consultantes en lactation, Christa Müller, met en garde contre les dangers sanitaires que peut représenter ce commerce en ligne: «Des maladies peuvent être transmises aux nourrissons via le lait maternel de ces femmes.» Ce qui la dérange le plus, c'est que les acheteuses n'ont aucune garantie sur l'état de santé des mères et de la qualité de leur lait. «A mon avis, c'est très risqué de donner du lait maternel d'une femme qu'on ne connaît pas à son propre enfant.»

«Elles mettent en danger la vie de leurs enfants»

Janine Grunert, de l'hôpital pour enfants de Bâle (UKBB), est également très sceptique. L'infirmière travaille pour le lactarium de l'UKBB, un endroit où les femmes peuvent faire don du lait qu'elles ont en trop. Mais avant, des tests sanguins, bactériologiques ainsi qu'une analyse du dossier médical sont effectués. Sans cela, note Janine Grunert, les risques sont tout simplement trop élevés pour les bébés: «Les mères mettent en danger la vie de leurs enfants. En tant que maman, je n'irais jamais acheter du lait sur le Net.»

Face à ces critiques, Tanja Müller se défend. Elle indique en effet sur son site tous les risques et la manière de les minimiser. Elle conseille ainsi aux mères de se rencontrer, de favoriser l'achat de proximité afin d'éviter les trajets de longue distance, de réaliser des tests sanguins et bactériologiques ainsi que de faire pasteuriser le lait. Mais malgré ces conseils, l'Allemande sait que son service, basé principalement sur la confiance, n'est pas aussi sûr que ceux offerts par les milieux médicaux.

La vente en ligne de lait maternel est autorisée en Suisse. Elle ne tombe pas sous la loi des denrées alimentaires. Pour Janine Grunert, du lactarium bâlois, cette situation doit changer: «Il faut des règles strictes. La consommation de lait maternel provenant de femmes inconnues doit absolument être interdite.»

Réseau mondial de partage de lait maternel

«Human Milk 4 Human Babies» met en contact, via Facebook, des mères donneuses souhaitant offrir leur lait à des mères ne parvenant pas à allaiter suffisamment leur enfant. Le réseau mondial, créé en 2011, inquiète les autorités sanitaires françaises, tout comme celles d'autres pays qui se sont rapidement mis à lancer des mises en garde (Etats-Unis, Canada).

«Aucun contrôle» n'étant exercé a priori sur la donneuse, contrairement à ce qui se fait dans les lactariums français, le lait présente un risque pour l'enfant, avait alerté l'agence des produits de santé française. Outre le risque infectieux, des pédiatres relevaient le risque de transmettre des médicaments ou des drogues, si la donneuse en consomme.

Parmi les virus transmissibles par le lait maternel, il y a aussi le HTLV qui infecte quinze à vingt millions de personnes dans le monde et qui est associé à une forme de leucémie et d'autres pathologies (neurologique et musculaire...). Une étude américaine avait montré que sur 1091 donneuses, candidates bénévoles au don de lait, 3,3% étaient positives aux tests sanguins pratiqués (syphilis, hépatites B et C, HTLV et VIH).

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