Actualisé 10.07.2020 à 19:37

Mali

La mobilisation contre le président Keïta dégénère à Bamako

Des milliers de personnes ont manifesté dans la capitale malienne contre le président, à l'appel d'une coalition d'opposants. Ils ont ensuite occupé des locaux de la radio-télévision et des ponts. Un mort est à déplorer.

de
Alberto Tikulin

Médias publics et ponts bloqués, incendies sur la chaussée: la mobilisation contre le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a connu vendredi une nette escalade, lors d'une nouvelle manifestation à Bamako. Au moins une personne a été tuée.

«Nous avons enregistré un mort à la morgue», a déclaré à l'AFP le Dr Yamadou Diallo, en service à l'hôpital Gabriel Touré de Bamako. Le décès a été confirmé par un responsable de la Primature.

Les tensions sont brutalement montées, à un niveau rarement atteint depuis un an dans la capitale, pour cette troisième grande manifestation organisée en deux mois par la coalition du Mouvement du 5 juin, formée de chefs religieux, d'hommes politiques et de la société civile. Les deux chaînes de la télévision publique malienne ORTM ne diffusaient plus vendredi après-midi, a constaté un journaliste de l'AFP.

Les causes de cette interruption n'étaient pas connues dans l'immédiat, mais elle s'est produite après que des manifestants, à l'issue du rassemblement, se sont dirigés vers le siège de la radio et de la télévision publiques. Ils en ont occupé la cour, selon des journalistes de l'AFP.

D'autres protestataires bloquaient deux des trois ponts de la ville, ont constaté des journalistes de l'AFP. Des manifestants ont érigé des barricades sur un de ces ponts alors que des voitures étaient contraintes de dévier de la circulation, selon les mêmes sources.

Désobéissance civile

Des incendies sporadiques se sont déclarés par endroits à des endroits où des pneus ont été brûlés. Des manifestants se sont également retrouvés devant le siège de l'Assemblée nationale. Ces incidents sont survenus après que des milliers de manifestants se sont retrouvés vendredi après-midi après la grande prière musulmane, deux jours après un discours d'apaisement du chef de l'Etat.

«Le président de la République a déçu dans son dernier discours», a déclaré à l'AFP Nouhoun Sarr, un responsable du mouvement de contestation. «Nous ne voulons plus de ce régime», a de son côté affirmé une manifestante, Sy Kadiatou Sow.

Des responsables de la contestation ont par ailleurs réitéré vendredi leur appel à une désobéissance civile, dans un document en dix points dans lequel ils précisent les actions à mener. Parmi celles-ci figurent le mot d'ordre de «ne plus payer aucune amende ou contravention pendant cette période» dont la durée n'a pas été précisée.

Geste d'apaisement

Le président Keïta a vainement tenté mercredi soir un nouveau geste d'apaisement, ouvrant la voie à un réexamen d'une décision rendue par la Cour constitutionnelle sur les résultats des législatives de mars-avril, considérée comme déclencheur de l'actuelle crise politique. M. Keïta a laissé entendre qu'une Cour nouvellement formée pourrait réexaminer cette décision invalidant une trentaine de résultats initialement proclamés.

Une dizaine de ces résultats avaient été invalidés au profit de membres de la majorité présidentielle, à commencer par celui qui allait ensuite être élu à la présidence du Parlement.

Le Mouvement du 5 juin réclame la dissolution du Parlement, la formation d'un gouvernement de transition dont le mouvement désignerait le Premier ministre, ainsi que le remplacement des neuf membres de la Cour constitutionnelle, accusée de collusion avec le pouvoir.

La coalition, dont la principale figure est l'imam Mahmoud Dicko, réputé très influent, mène cette fronde contre le président Ibrahim Boubacar Keïta, soutenu par la communauté internationale dans sa lutte anti-djihadiste depuis sa première élection en 2013.

(AFPE)

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