Syrie: Des milliers de manifestants s'interrogent
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SyrieDes milliers de manifestants s'interrogent

Des milliers de Syriens manifestaient vendredi pour «défaire» le président Bachar al-Assad, remettant en question l'équipe d'observateurs internationaux sur le terrain pour surveiller un cessez-le-feu fragile.

«Où sont les observateurs? Homs baigne dans le sang, assassinée et détruite», «Où sont les résolutions contraignantes du Conseil de sécurité?», proclamaient les panneaux brandis par des milliers de manifestants à Rastane (centre) dans une vidéo mise en ligne par des militants. Les contestataires appelaient à la chute du régime du président Bachar al-Assad.

Dans le nord-est à majorité kurde, un très grand rassemblement a eu lieu à Qamichli, selon d'autres vidéos. «Homs, nous sommes avec toi jusqu'à la mort», scandaient des milliers de manifestants. A Amouda, une pancarte posait la question: «Cinq observateurs pour surveiller Bachar?».

A Douma, ville rebelle à 13 km de la capitale, des jeunes survoltés ont manifesté massivement en portant les drapeaux verts de l'indépendance sur la grand-place. D'autres rassemblements ont eu lieu dans les provinces de Damas, de Deraa (sud) et d'Idleb (nord- ouest), ainsi qu'à Alboukamal (est).

Crainte d'une escalade

A travers le pays, les militants ont fait état d'un déploiement sécuritaire massif. Celui-ci a en particulier bloqué l'accès à de nombreuses mosquées, point de départ traditionnel des manifestations après la prière du vendredi.

Comme chaque vendredi depuis le début de la révolte populaire en mars 2011, les militants anti-régime avaient lancé sur leur page Facebook un appel à défiler. Cette semaine son slogan est le suivant: «Nous serons victorieux et Assad sera défait».

Les observateurs internationaux avaient annoncé qu'ils n'assisteraient pas aux manifestations, afin d'éviter que leur «présence ne soit utilisée» pour favoriser «une escalade» de la violence.

Sanctions de l'UE

En parallèle l'UE préparait un quatorzième train de sanctions contre le régime syrien, qui pourraient être adoptées lundi. D'une part, Bruxelles envisage d'allonger la liste des équipements qui peuvent servir à des fins de répression de l'opposition, ou qui peuvent servir à l'élaboration de tels produits, a indiqué un diplomate.

D'autre part, l'UE entend annoncer l'interdiction des exportations de produits de luxe, même si le champ d'application exact de la mesure doit encore être défini. Bruxelles vise ainsi de manière symbolique le train de vie du couple Assad, alors que la presse avait récemment épinglé les goûts de luxe de l'épouse du président syrien.

Nouveaux morts

En dépit de la trêve, 13 civils ont péri dans les violences vendredi selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), tandis que des attaques «terroristes» ont tué 18 membres des forces de l'ordre à travers le pays, selon des médias officiels syriens.

D'après l'OSDH, les forces gouvernementales ont tué un militant dans la région d'Idleb, deux civils dans celle de Damas et un civil dans celle d'Alep (nord), où un autre civil est mort dans l'explosion d'une bombe.

Cinq civils ont de plus péri dans de nouveaux bombardements à Homs (centre), la «capitale de la révolution», selon l'OSDH. Trois autres civils ont été tués dans la ville voisine de Qousseir où des tirs nourris et des explosions ont résonné toute la nuit et dans la matinée, selon un militant.

«Les forces gouvernementales intensifient leurs opérations pour tenter de prendre le contrôle de toute la ville de Homs, avant l'arrivée des observateurs», a affirmé Saïf al-Arab, un militant sur place, à l'AFP via Skype. Selon les militants, la plupart des quartiers du vieux Homs ainsi que Khalidiyé et Jourat al-Chayah échappent toujours au contrôle du régime.

La trêve instaurée le 12 avril en Syrie conformément au plan de l'émissaire Kofi Annan est quotidiennement violée. L'OSDH a déjà recensé plus de 120 civils tués depuis son entrée en vigueur.

Washington appelle ses alliés à être prêts si le plan Annan échoue

Les Etats-Unis demandent à leurs alliés de se tenir prêts à «accentuer la pression» sur la Syrie si le plan pour la paix de l'émissaire international Kofi Annan échoue, a indiqué vendredi la porte-parole de la diplomatie américaine, Victoria Nuland.

«Nous devons nous préparer pour le meilleur, mais aussi nous préparer à accentuer la pression dans le cas contraire», a déclaré Mme Nuland, porte-parole du département d'Etat.

Jeudi à Paris, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton avait indiqué que les Etats-Unis plaidaient en faveur de «mesures plus sévères» contre le régime de Bachar al-Assad pour obtenir le respect du plan Annan, avec une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU prévoyant des sanctions et un embargo sur les armes.

Sur le volet humanitaire de la crise, Mme Nuland a annoncé que Washington avait porté à 33 millions de dollars, soit une augmentation de 8 millions de dollars, l'aide américaine distribuée via les agences onusiennes et des ONG.

Interrogée sur les discussions au Conseil de sécurité de l'ONU concernant le déploiement d'une mission d'observateurs en Syrie, Mme Nuland a souligné que toute résolution adoptée devrait permettre de vérifier le respect du cessez-le-feu mais aussi «de tous les aspects du plan en six points» de Kofi Annan.

(ats)

L'ONU attend le feu vert de Damas pour lancer son «plan» humanitaire

Le directeur du Bureau de coordination des Affaires humanitaires des Nations unies (Ocha), John Ging, a expliqué vendredi à Genève que l'ONU attendait le feu vert de Damas pour lancer un vaste plan humanitaire en Syrie. Celui-ci doit aider un million de personnes pendant six mois.

«Chaque jour est un jour de trop», a déclaré aux médias M. Ging, à l'issue de la deuxième réunion du Forum humanitaire sur la Syrie, organisé par l'ONU, la Ligue arabe, l'Organisation de la coopération islamique (OIC) et le Service d'aide humanitaire de la Commission Européenne (ECHO). La rencontre s'est déroulée à huis clos à Genève.

Des opérations d'aide sont déjà en cours, a-t-il expliqué, soulignant le travail réalisé notamment par le Programme alimentaire mondial (PAM) qui distribue son aide via le Croissant-Rouge syrien. Cette agence onusienne a annoncé vendredi qu'elle allait doubler ses capacités pour atteindre désormais 200'000 personnes par mois.

Les volontaires du Croissant-Rouge syrien sont à l'oeuvre dans les zones touchées par les troubles. Au cours des deux dernières semaines, ils ont distribué des vivres et d'autres articles de première nécessité à 60'000 personnes dans plusieurs gouvernorats, avec le soutien du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), selon un communiqué de l'organisation basée à Genève.

Un million de Syriens dans le besoin

Un premier forum humanitaire s'était tenu le 8 mars à Genève. Depuis, l'ONU a mené une mission d'évaluation en Syrie, qualifiée de «crédible» par M. Ging et qui a permis d'estimer que près d'un million de personnes ont besoin d'une aide humanitaire dans le pays.

Suite à cette mission, l'ONU et ses partenaires humanitaires ont établi un «plan» humanitaire pour la Syrie. Pour le financer, l'ONU aura besoin de 180 millions de dollars (164 millions de francs), en plus des 84 millions de dollars déjà demandés pour aider les réfugiés, a annoncé M. Ging.

Vendredi, l'ambassadeur syrien auprès de l'ONU à Genève, Faysal Khabbaz Hamoui, a indiqué aux journalistes, qu'»il n'y a pas de crise en Syrie». «Nous ne sommes pas en Somalie», a-t-il lancé, avant d'ajouter: «Nous allons collaborer».

Russes et Européens déposent deux résolutions rivales

Les Européens et la Russie ont soumis vendredi à leurs partenaires du Conseil de sécurité de l'ONU deux projets rivaux de résolution sur le déploiement d'une mission d'observateurs en Syrie.

Seul le texte russe était pour l'instant «en discussion» vendredi entre les diplomates des 15 pays membres, a indiqué un diplomate russe.

Les deux textes, dont l'AFP a obtenu copie, autorisent le déploiement pour une période initiale de trois mois de 300 observateurs militaires de l'ONU non armés afin de superviser le cessez-le-feu et d'aider à faire appliquer le plan de paix du médiateur Kofi Annan.

Mais seul le projet européen menace Damas de sanctions s'il ne retire pas ses forces de villes syriennes comme il l'avait promis à M. Annan.

Les deux textes demandent au gouvernement syrien des garanties pour que les observateurs puissent remplir leur mission, dont une «liberté totale, sans entraves et immédiate de circulation et d'accès».

Ils réclament aussi que Damas respecte «de manière manifeste et totale» sa promesse de retirer ses troupes et ses armes lourdes des villes syriennes.

Selon le projet européen, le Conseil «exprime son intention (..) d'adopter des mesures prévues par l'article 41 de la Charte» de l'ONU, c'est-à-dire des sanctions, au cas où le gouvernement syrien ne respecterait pas cette promesse. Le projet russe ne mentionne pas cette menace.

Le texte européen souligne aussi que les observateurs doivent «pouvoir utiliser de manière indépendante des moyens aériens», des hélicoptères notamment, et demande à Damas de donner «rapidement» son accord sur ce point.

Le protocole conclu jeudi par l'ONU avec les autorités syriennes pour définir les modalités pratiques de la mission des observateurs ne règle pas cette question.

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