Genève: Des pistes pour avions surgissent en plein centre-ville
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GenèveDes pistes pour avions surgissent en plein centre-ville

Des inconnus ont peint des pictogrammes d’aéronefs dans les zones de mobilité douce récemment créées, que certains jugent démesurées. La plaisanterie n’est pas du goût de tous.

par
David Ramseyer

Ils sont apparus mardi matin, ici sur une bande cyclable, là à l’entrée d’une zone 20 km/h. Comme si le centre-ville comptait un nouveau moyen de transport, ailé cette fois. Des logos d’avions ont fleuri sur l’asphalte. Une référence évidente aux voies pour vélos récemment mises en place au bout du lac, dont certaines jugées démesurées avaient été qualifiées de «pistes d’atterrissage» par des automobilistes et des politiciens furieux. Les auteurs des dessins restent inconnus (cf. encadré ci-dessous)

Rire jaune et dessins roses

«Ça me fait plutôt rire, avoue Olivier Gurtner, président de Pro Vélo Genève. La pose de ces voies cyclables a donné à certains l’impression qu’on expropriait les gens, alors qu’il s’agissait d’appliquer la loi sur la priorisation de la mobilité douce au centre-ville». Dans le camp d’en face, l’heure n’est pas forcément au sourire. Sprayer un pictogramme sauvage sur la route, «c’est un trait d’humour déplacé, juge Hugues Hiltpold, président du Groupement Transports et Economie. Il y a des lois à respecter. On ne peut pas faire n’importe quoi, contrairement à quelques acteurs de la mobilité douce qui pensent que certaines causes, comme la protection du climat ou le développement durable, les autorisent à passer outre en bloquant des ponts ou en s’attaquant à des boucheries».

Le directeur de la section genevoise du Touring Club Suisse, Yves Gerber, apprécie lui aussi assez peu ces dessins d’avions. «Il y a déjà assez de fantaisies en matière de signalisation et de marquage de la part de la Ville dans les zones de rencontre, avec ces logos roses qui sont peu visibles et non conformes à l’ordonnance fédérale sur la signalisation routière».

Mieux que des insultes

De son côté, le Département cantonal des infrastructures dit ne pas approuver cette action. Mais son porte-parole, Roland Godel, avoue que ça l’a fait sourire, «contrairement aux propos brutaux et insultants que l’on peut lire sur les réseaux sociaux.»

Quant à la Ville de Genève, elle a commencé ce jeudi à effacer les pictogrammes, à ses frais. Elle n’a pas commenté ces agissements, qui selon le Département de l’aménagement et de la mobilité, ne feront a priori pas l’objet d’une plainte.

Auteurs anonymes

Qui a peint ses pictogrammes? Mystère. Contactés, les partis politiques, associations, groupements ou lobbys actifs sur le front de la mobilité assurent ne pas être à l’origine de l’opération. A l’instar de Mathieu Romanens, président de la section UDC de la Ville - farouche opposante aux récents aménagements - ils penchent pour l’oeuvre «d’un ou plusieurs individus exaspérés par la politique genevoise en matière de mobilité, mais qui ont agi seuls, sans revendiquer leur acte». Une hypothèse à laquelle souscrit aussi le porte-parole de la police cantonale, Alexandre Brahier: «Les logos fantaisistes apposés sont probablement l’œuvre de personnes ayant un attrait passablement développé pour l’humour...»

En plus des avions: des animaux

D’autres pictogrammes que ceux d’un aéronef sont aussi apparus récemment sur le bitume: des traces de pas et des empreintes d’animaux. Cette fois, ils sont le fait de la Ville de Genève. «Il s'agit de marquages dans le cadre du changement d'affectation de zone», précise Anaïs Balabazan, porte-parole du Département municipal de l’aménagement, des constructions et de la mobilité. L’objectif? «Permettre aux usagers de prendre conscience de ces nouveaux aménagements, mais aussi illustrer l'idée que ces espaces sont partagés.»

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