Reconnaissance faciale - Des policiers suisses auraient utilisé un logiciel interdit
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Reconnaissance facialeDes policiers suisses auraient utilisé un logiciel interdit

Des agents des forces de l’ordre municipales zurichoises et cantonales saint-galloises auraient eu recours à un programme de reconnaissance faciale, pourtant prohibé en Suisse. Les deux corps de police nient avoir officiellement testé ou utilisé l’outil en question.

par
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Raisa Durandi

De récentes révélations du média américain Buzzfeed News ont des répercussions en Suisse. Le site a pu mettre la main sur une liste interne des clients de la société Clearview, spécialisée dans la reconnaissance faciale. Sur cette fameuse liste figurent des milliers d’adresses e-mail. Parmi elles, plusieurs appartiennent à la police municipale zurichoise et à la police cantonale saint-galloise. C’est ce que révèle ce lundi le «Tages-Anzeiger». Jusqu’en février 2020, les deux corps de police auraient ainsi effectué chacun entre 11 et 50 recherches par le biais de Clearview.

Lors du lancement de logiciel, l’entreprise avait mis à disposition des versions gratuites afin d’attirer un maximum de clients potentiels. Selon le journal alémanique, cela explique pourquoi le logiciel est, ou a été, utilisé par autant de clients à travers le monde entier. Concrètement, le programme fonctionne ainsi: il suffit de télécharger la photo d’une personne suspecte. Le logiciel se charge ensuite de la comparer avec une banque de données préexistante (lire encadré). Un gain de temps non négligeable.

Données biométriques

Or, le «Tagi» rappelle que ces systèmes de reconnaissance faciale sont controversés. Ils sont mêmes interdits en Suisse. Monika Simmler, professeure en droit pénal à l’Université de Saint-Gall, a effectué plusieurs travaux de recherches sur cette thématique. Interrogée par le journal, elle explique: «Les logiciels de reconnaissance faciale ne sont pas autorisés en Suisse d’un point de vue légal. Il n’existe actuellement aucune base légale permettant d’utiliser ce genre de programme à des fins préventives ou de poursuites pénales.» En cause: ces logiciels utilisent des données biométriques, ce qui représente une grave atteinte aux droits fondamentaux.

A cela s’ajoute le fait que le logiciel peut se tromper lorsque la luminosité ou la résolution de l’image est mauvaise. Le programme renforce par ailleurs certaines discriminations et inégalités: ainsi, il reconnaît les Blancs de manière plus fiables que les Noirs. Certaines personnes innocentes pourraient donc se retrouver dans le viseur des enquêteurs juste parce que le programme informatique s’est trompé.

Les polices nient toute utilisation officielle

La porte-parole de la police municipale zurichoise, Judith Hödl, assure: «La police municipale n’utilise pas le programme Clearview. Elle n’a pas connaissance du fait que des employés utilisent ou ont utilisé ce logiciel. On ne peut bien évidemment pas exclure le fait qu’un agent se soit enregistré avec son e-mail professionnel pour utiliser le programme de manière privée.» Même son de cloche auprès de la police cantonale saint-galloise: «La police saint-galloise a lancé par le passé un projet censé évaluer différents logiciels de reconnaissance faciale. Mais Clearview ne figurait pas parmi les programmes testés. La police cantonale de Saint-Gall en tant qu’institution n’a donc ni testé ni utilisé ce programme.»

Clearview en quelques mots

La société new-yorkaise affirme détenir la plus grande banque de données de visages du monde, avec environ trois milliards d’images. La firme, et par extension son logiciel, est considérée comme controversée puisqu’une multitude de ses photos ont été téléchargées sur les réseaux sociaux, tels que Facebook. Diverses plaintes sont actuellement en cours contre Clearview. Le préposé fédéral à la protection des données estime lui aussi que la manière de procéder de l’entreprise viole les droits de la personnalité. En janvier 2020, il a exigé que les photos des personnes vivant en Suisse soient effacées. Pour l’heure, sa demande n’a pas porté ses fruits. Selon Buzzfeed News, 90 autorités de poursuites pénales, corps de police et autres organisations étatiques issus de 24 pays différents (hors USA) ont utilisé le logiciel jusqu’en février 2020.

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