Actualisé 23.10.2012 à 11:22

Dopage

Des poursuites judiciaires contre Armstrong?

Lance Armstrong pourrait avoir à répondre de différentes accusations devant la justice américaine. Il risque d'être poursuivi pour parjure, voire pour... fraude fiscale.

«Je pense qu'Armstrong est dans une très mauvaise situation, il y a une forte probabilité qu'il soit poursuivi pour quelque chose, comme parjure ou fraude», assure ainsi Peter Keane, professeur de droit à la Golden Gate University (Californie). «Ce serait inhabituel et improbable» que le parquet rouvre une procédure contre Armstrong pour usage de produits dopants après avoir abandonné une telle enquête de 18 mois en février, souligne Michael McCann, directeur de l'Institut de droit du sport à la Vermont Law School à South Royalton (Vermont).

D'abord parce que «le niveau de preuves nécessaire pour obtenir une condamnation pénale est beaucoup plus élevé que le niveau de preuves nécessaire à l'Usada ou à l'UCI pour prendre des mesures contre Armstrong». Ensuite parce que «nous n'avons pas encore vu aux Etats-Unis ce type de poursuites pénales pour dopage (contre un sportif). (Les vedettes du baseball) Roger Clemens et Barry Bonds ont été poursuivis pour parjure, pas pour utilisation de produits dopants.»

La parjure est une piste «solide»...

Dans son rapport, l'Usada a évoqué «des fausses déclarations sous serment... relevant du parjure», un acte passible de poursuites pénales aux Etats-Unis. Serait notamment visée une déposition sous serment faite par Armstrong dans le cadre d'une procédure d'arbitrage l'opposant à la société SCA Promotions, qui refusait de lui verser un bonus contractuel après sa victoire au Tour de France en 2004 à cause d'allégations de dopage contenues dans le livre «L.A. Confidentiel».

Dans cette déposition, le Texan répond «non» plusieurs fois quand on lui demande s'il s'est déjà dopé, si le préparateur italien Michele Ferrari l'avait déjà aidé à se doper et s'il n'avait plus de liens avec lui depuis 2004. «Le gouvernement a peut-être un cas de parjure très solide à plaider car nombre de ses équipiers ont témoigné sous serment l'avoir vu se doper», remarque Peter Keane. Un tel délit est passible de prison (jusqu'à 30 ans) et d'une forte amende (jusqu'à 1,5 million de dollars).

... mais incertaine.

Le parquet pourrait se heurter à la popularité, toujours réelle, du cycliste déchu. Son aura de survivant du cancer et de chantre de la lutte contre la maladie aurait forcément un impact sur des membres d'un jury lors d'un procès pénal. «Il y a des choses qui plaident en sa faveur, il reste populaire mais je ne suis sûr pas que cela pèsera au point d'éclipser le travail de l'accusation», pense M. Keane.

Les tentatives du ministère public de faire tomber des stars du sport pour avoir menti sur le passé de dopé ont toutefois produit des résultats mitigés. Barry Bonds et Roger Clemens sont passées entre les gouttes et, parmi les grands noms du sport, seule l'athlète Marion Jones a été épinglée pour parjure: elle a passé six mois en prison en 2008. «Les procès contre Bonds ou Clemens ont été perçus par le public américain comme un gaspillage d'argent du contribuable», rappelle aussi Michael McCann. En ces temps de déficit budgétaire et de marasme économique, les Américains sont en effet très soucieux de l'utilisation faite de leurs «tax dollars».

D'autres pistes existent

Selon le Los Angeles Times, Armstrong pourrait peut-être aussi être poursuivi pour fraude fiscale, notamment dans le cadre des paiements à Michele Ferrari en échange de ses conseils en matière de dopage, ou encore pour intimidation de témoins. Par exemple à la suite du SMS «Run, don't walk» (cours, ne marche pas) envoyé à l'épouse de son ancien équipier Levi Leipheimer après que ce dernier avait témoigné en 2010 devant un grand jury fédéral. (ats)

Hamilton: «McQuaid n'a pas sa place dans le cyclisme»

L'ancien coureur américain Tyler Hamilton, un dopé repenti qui a témoigné contre Lance Armstrong, a estimé que Pat McQuaid n'avait «pas sa place dans le cyclisme», en réponse aux propos du président de l'UCI qui l'avait traité d'«ordure» ce lundi.

«Les commentaires de Pat McQuaid montrent l'hypocrisie de sa politique et prouvent qu'il est incapable de tout changement significatif», a déclaré l'ancien cycliste dans un communiqué repris mardi par la presse britannique.

«Au lieu de saisir l'occasion d'instiller de l'espoir pour la prochaine génération de cyclistes, il continue de montrer du doigt, de blâmer et d'attaquer ceux qui parlent, mais cette tactique ne marche plus. Pat McQuaid n'a pas sa place dans le cyclisme», a ajouté Hamilton, âgé de 41 ans.

Lors de sa conférence de presse lundi, McQuaid avait critiqué Tyler Hamilton et son compatriote Floyd Landis, un autre dopé repenti, jugeant que les deux ex-coureurs étaient «très loin d'être des héros». «Ce ne sont pas des héros, ce sont des ordures. Tout ce qu'ils ont fait, c'est du mal à leur sport», avait-il dit.

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!