Actualisé 11.10.2009 à 07:22

Crise économique

Des prix «verts» pour un bordel berlinois

Pour relancer la demande dans son bordel berlinois éprouvé par la crise, Regina Götz verse désormais dans l'écologie.

Elle propose des tarifs allégés pour les cyclistes et usagers des transports en commun.

«Avec la crise, notre chiffre d'affaires a été divisé par deux en un an», confie cette ancienne prostituée de 56 ans, qui reçoit autour d'un café et de petits gâteaux, entourée de dames en tenue légère.

«L'environnement est un thème qui est sur toutes les lèvres, et par ici, il est difficile de se garer. D'où l'idée d'une 'ristourne écolo' de cinq euros pour qui renonce à venir en voiture. Tout le monde y gagne», explique Regina Götz.

Pour en profiter, «les clients cyclistes montrent leur casque ou la clé de leur cadenas. D'autres présentent leur ticket ou leur carte mensuelle de transports en commun, comme quand on monte dans le bus», explique-t-elle.

Lancée en juin, l'offre est vantée sur le site internet de la «Maison d'envie», le nom très français de ce bordel qui promet «une atmosphère presque familiale» dans le quartier branché de Prenzlauer Berg, un fief des Verts.

Au tarif pro-nature, la passe d'un quart d'heure est à 25 euros au lieu de 30, par exemple. Cela fonctionne, assure la patronne: environ 10% des clients demandent à profiter des prix verts. Ils sont souvent plus jeunes que la moyenne.

«Les voisins sont gentils»

«Maison d'envie - La petite adresse sexy»: sur la façade de l'immeuble, au pied duquel sont installés un snack-bar et un loueur de vélos, seule une discrète plaque chromée mentionne de quoi il retourne au rez-de-chaussée du bâtiment arrière.

Pour y accéder, le client traverse une cour où des bennes à ordures cohabitent avec des trottinettes et des vélos d'enfants. «L'environnement est très sympathique, les voisins sont gentils», dit une prostituée, jolie blonde trentenaire aux cheveux courts, en bas résille et sous-vêtements de dentelle rouge.

Elle raconte avoir déjà eu nombre de clients au tarif écolo, tout comme ses collègues, une dizaine de femmes âgées d'environ 20 à 45 ans dont la plupart sont à temps partiel. L'une confie être infirmière et se prostituer en sus dans le plus grand secret, loin de chez elle.

L'autre est conseillère en diététique dans un club de sport, «mais les temps sont durs», se justifie-t-elle. Une troisième est mère au foyer. Les clients sont de tous âges et tous milieux «et le doyen a 86 ans», selon la patronne.

Comme n'importe quel autre commerce

Toutes les dames approuvent l'offre écologique. «Regina a plein de bonnes idées», remarque l'une. La Maison d'envie propose aussi des tarifs spéciaux le week-end, avec option jacuzzi ou «deux pour une».

Pour Regina Götz, le bordel fonctionne «comme n'importe quel autre commerce». La prostitution est un secteur légal en Allemagne, qui emploie plus de 400'000 personnes.

«En temps de crise, nous comprimons les coûts. Nous avons supprimé le conseiller fiscal, la femme de ménage vient deux heures de moins chaque semaine, et je n'achète plus que des produits ménagers bon marché», dit la patronne.

Et de commenter comme un banal chef d'entreprise: «Dans un commerce comme le nôtre, les choses s'auto-régulent. Mais il faudrait quand même que la reprise arrive vite. Je scrute l'évolution des cours en bourse.» (ats)

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