Actualisé 22.01.2014 à 06:37

ChineDes proches du pouvoir ont caché leur fortune

Une partie de l'entourage des plus puissants dirigeants chinois a utilisé les paradis fiscaux pour cacher de l'argent. UBS et Credit Suisse font partie des établissements ayant apporté leur aide.

Selon les documents financiers obtenus par le Consortium indépendant des journalistes d'investigation (ICIJ), basé à Washington, près de 22'000 clients originaires de Chine populaire ou Hong Kong sont liés à des compagnies «offshore» dans les paradis fiscaux. Ces informations ont également été rapportées mercredi dans «Le Matin» et les quotidiens alémaniques «Tages-Anzeiger«/«Der Bund».

Parmi ces clients, des millionnaires issus du monde des affaires, dont Yang Huiyan, la femme la plus riche de Chine, ou encore Pony Ma et Zhang Zhidong, fondateurs du géant de l'internet Tencent. Mais les 2,5 millions de dossiers confidentiels décortiqués par l'ICIJ révèlent également un véritable «who's who» de l'élite politique de la deuxième économie mondiale, alors que la richesse des dirigeants reste un sujet tabou en Chine.

Sujet tabou

On y trouve des membres de l'Assemblée nationale populaire (ANP), le parlement chinois, ainsi que des proches de l'ancien président Hu Jintao, de l'ancien Premier ministre Li Peng, et de Deng Xiaoping, qui avait supervisé à partir de la fin des années 1970 l'ouverture de l'économie chinoise.

Sont aussi impliqués des proches de Xi Jinping, l'actuel chef d'Etat, et de Wen Jiabao, Premier ministre de 2003 à 2013, relèvent notamment les quotidiens allemand et britannique «Süddeutsche Zeitung» et «The Guardian», qui comptent parmi les quelque cinquante organisations et médias partenaires de l'ICIJ à travers le monde pour analyser les documents.

Richissime promoteur immobilier et investisseur, Deng Jiagui, qui a épousé en 2006 la soeur aînée de Xi Jinping, possède ainsi 50% d'une société immatriculée aux îles Vierges britanniques, appelée Excellence Effort Property Development. De son côté, Wen Yunsong - fils de Wen Jiabao - a constitué en 2006 dans le même paradis fiscal une société dont il était l'unique dirigeant et actionnaire.

«Pas tout à fait illégaux»

Ces médias se basent sur l'exploration de la base de donnée «Offshore-Leaks», qui recense des sociétés «offshore» et dont des documents - les plus récents datant de 2010 - ont été communiqués à l'ICIJ. Aucun des proches de dirigeants concernés n'a voulu s'exprimer sur ces données, ont indiqué les journaux.

Bien que de telles sociétés et trusts «peuvent ne pas être tout à fait illégaux», ils recouvrent souvent «des confits d'intérêts et l'utilisation des relations au coeur du gouvernement», a indiqué à l'ICIJ Minxin Pei, professeur au Claremont McKenna College.

Ces révélations interviennent quelques jours après la publication à Hong Kong d'une lettre de Wen Jiabao, où ce dernier clamait son «innocence» après les informations publiées l'an dernier sur sa famille et se défendait de toute malversation.

Entités «offshore»

Selon l'ICIJ, 90% des clients de Chine continentale ont constitué des entités «offshore» aux îles Vierges britanniques, avec, outre l'aide des deux grosses banques helvétiques, celle d'autres firmes occidentales telles que le cabinet d'audit PricewaterhouseCooper (PwC) ou la Deutsche Bank. Quelque 7% d'entre eux se sont établis aux îles Samoa, et 3% dans d'autres zones, a aussi indiqué l'ICIJ.

Selon le «Tages-Anzeiger«/«Der Bund» et «Le Matin», Credit Suisse a supervisé en 2006 la création d'une société qui appartiendrait à un fils de l'ancien Premier ministre Wen Jiabao. Les données visibles sur le site d'«Offshore-Leaks» - liens entre entreprises, banques et particuliers - confirment l'implication de la banque helvétique dans la création de cette société. Il n'est toutefois pas possible d'accéder à la plupart des documents pour davantage de détails. (ats)

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