Triage des patients – Des professionnels de la santé veulent privilégier les personnes vaccinées
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Triage des patientsDes professionnels de la santé veulent privilégier les personnes vaccinées

Les soins intensifs des hôpitaux sont bientôt à saturation, ce qui incite certains experts à préconiser des mesures controversées.

par
Noah Knüsel/Daniel Graf/ofu
Centre de soins intensifs aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG), le 31 août 2021.

Centre de soins intensifs aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG), le 31 août 2021.

20min/Marvin Ancian

Avec l’augmentation du nombre d’infections au coronavirus, les lits aux soins intensifs deviennent rares dans tout le pays. Les milieux de la santé s’attendent au pire: «Sans mesures efficaces, les médecins devront procéder au triage des patients», écrit ainsi l’association suisse des infirmières et des infirmiers (ASI) dans un communiqué de presse.

La clinique Hirslanden d’Aarau (AG) a elle déjà dû procéder à une sélection des patients, rapporte le «SonntagsBlick». Philipp Lenz, en charge de la communication pour ce groupe hospitalier, pense que la situation va encore s’aggraver dans les prochains jours. «Le triage peut avoir comme conséquence que certaines personnes doivent attendre plus longtemps avant de pouvoir être admises aux soins intensifs. Cela comporte bien évidemment des risques pour leur santé.»

Raison pour laquelle divers professionnels, tels que l’expert en épidémiologie Marcel Salathé, estiment qu’il est justifiable de privilégier les personnes vaccinées à celles non-vaccinées lorsqu’il s’agit d’attribuer aux patients une place aux soins intensifs. L’infectiologue Andreas Widmer affirme lui aussi: «En cas de triage dans les hôpitaux, le statut vaccinal des patients devrait être intégré aux directives éthico-médicales de l’Académie suisses des sciences médicales (ASSM).» Selon lui, il est nécessaire de procéder à des modifications au niveau des directives de triage dans la mesure où la majorité des patients actuellement admis aux soins intensifs est non-vaccinée. «Ce n’est pas tolérable que des personnes non-vaccinées volent la place des personnes vaccinées aux soins intensifs en réduisant ainsi leurs chances de survie.»

Une «violation des droits humains»

Contactée, l’ASSM ne veut rien savoir d’éventuelles adaptations concernant le triage des patients. Sibylle Ackermann, en charge du service d’éthique, dit comprendre la frustration et la fatigue du personnel de la santé. «Mais nous nous opposant fermement au fait de prendre en compte le statut vaccinal d’un patient comme étant un critère de triage.» Selon elle, seuls des critères médicaux doivent être pris en compte lorsqu’il s’agit de faire une sélection parmi les patients.

Michele Genoni, chirurgien cardiaque et président de la faîtière des chirurgiennes et chirurgiens suisses, abonde en ce sens: «Pour moi, il est évident que le statut vaccinal ne doit jamais devenir un critère dans l’attribution des lits aux soins intensifs. «Même en cas de triage sévère, il faut toujours privilégier la personne dont les chances de survie sont les plus élevées, qu’il s’agisse d’un malade du Covid non-vacciné ou d’une personne accidentée.» Selon lui, il est important d’évaluer au cas par cas.

Ruth Baumann-Hölzle, experte en éthique médicale auprès de la fondation «Dialog Ethik», s’oppose également fermement à la prise en compte du statut vaccinal dans les processus de triage. Selon elle, désavantager une personne non-vaccinée viole les droits humains: «Il s’agit là d’une ligne rouge que nous ne devons pas franchir.»

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