Actualisé 16.02.2017 à 05:31

Allemagne

Des religieux, espions pour Ankara?

Quatre personnes sont «soupçonnées d'avoir rassemblé des infos sur les partisans de Gülen et d'en avoir rendu compte au consulat général turc à Cologne».

Mosquée de Cologne. Quatre religieux musulmans sont soupçonnés d'espionnage pour Ankara.

Mosquée de Cologne. Quatre religieux musulmans sont soupçonnés d'espionnage pour Ankara.

AFP

Les appartements de quatre religieux musulmans, soupçonnés d'avoir espionné en Allemagne des partisans du prédicateur Gülen pour le compte du régime du président turc, ont été perquisitionnés mercredi, selon le Parquet fédéral allemand.

«Aucune interpellation n'a eu lieu», a toutefois précisé Frauke Köhler, porte-parole du Parquet fédéral lors d'une brève intervention devant la presse.

Ces personnes sont «soupçonnées d'avoir rassemblé des informations sur les partisans du mouvement Gülen et d'en avoir rendu compte au consulat général turc à Cologne», selon un communiqué du Parquet.

Aucune indication sur leur identité ou leur nationalité n'a été livrée. Selon l'édition en ligne du média Spiegel, il s'agit d'imams du Ditib, la principale organisation de la communauté turque musulmane en Allemagne directement contrôlée par Ankara.

Les quatre religieux sont soupçonnés d'avoir agi suite à une injonction de la Direction turque des Affaires religieuses (Diyanet), qui dépend directement des services du Premier ministre turc, datant du 20 septembre et dans laquelle le mouvement du prédicateur Fethullah Gülen est rendu responsable du coup d'Etat manqué du 15 juillet en Turquie. Fethullah Gülen vit en exil aux Etats-Unis, Lors de ces perquisitions, qui ont eu lieu en Rhénanie du Nord-Westphalie et en Rhénanie-Palatinat, «des moyens de communication, des supports de données et des documents écrits» ont été saisis, a indiqué Mme Köhler.

Le ministre de la Justice, Heiko Maas, a enjoint au Ditib de faire la lumière «immédiatement et complètement» sur ces accusations. «Qui se sert de l'islam comme d'une couverture pour de l'espionnage, ne peut pas en appeler à la liberté religieuse», a-t-il asséné.

Selon le chef du Renseignement en Rhénanie du Nord-Westphalie, au moins 13 imams du Ditib dans cette région ont livré des noms de sympathisants du mouvement Gülen à Ankara, rapporte le Spiegel.

En Autriche, le ministère de l'Intérieur a par ailleurs confirmé mercredi examiner des documents remis par le député écologiste Peter Pilz, spécialiste des questions de sécurité, qui accuse l'Atib, le pendant du Ditib en Autriche, de se livrer aussi à des activités d'espionnage au profit d'Ankara.

M. Pilz affirme disposer d'informations selon lesquelles l'Atib «est impliqué dans la surveillance de partisans du mouvement Gülen ainsi que de Kurdes, d'opposants et de journalistes». L'Atib a démenti ces allégations.

M. Gülen est désigné par la Turquie comme l'instigateur du coup d'Etat raté, ce que l'intéressé dément catégoriquement. Les procédures judiciaires lancées après le putsch avorté sont d'une ampleur sans précédent en Turquie.

La communauté turque d'Allemagne, la plus importante dans le monde hors de Turquie, est secouée par de gros remous depuis ces évènements. Les autorités allemandes ont à plusieurs reprises mis en garde contre l'«exportation» des conflits turcs sur le sol allemand.

Les Turcs vivant en Allemagne entretiennent des liens étroits avec leur pays d'origine. Le Premier ministre Binali Yildirim est attendu samedi à Oberhausen, dans la Ruhr, pour un rassemblement dans le cadre du référendum du 16 avril sur la réforme constitutionnelle renforçant les pouvoirs de M. Erdogan.

Le Ditib gère quelque 900 mosquées ou communautés en Allemagne. Ses imams sont des fonctionnaires envoyés pour trois à quatre ans par Ankara. (nxp/afp)

(NewsXpress)

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