Actualisé 23.10.2016 à 07:23

Attentats de ParisDes rescapés des attaques harcelés par des «fans»

«Le Monde» raconte le calvaire de victimes des attaques du 13 novembre 2015 à Paris, harcelées par des «groupies» à l'empathie compulsive. Une Suissesse figure parmi ces admiratrices.

de
cga
Des rescapés de l'attaque du Bataclan.

Des rescapés de l'attaque du Bataclan.

photo: AFP

Lettres d'amour sur les réseaux sociaux, enquêtes sur les proches... La passion morbide de certains «fans» qui harcèlent les rescapés du Bataclan n'a pas de limite, ni de fin, comme l'explique «Le Monde». Jules, qui avait réussi à sortir de la salle de spectacle quelques minutes après l'intrusion des trois terroristes, a été un des premiers à raconter l'horreur devant les caméras du monde entier. Il avait témoigné à visage découvert et s'en mord les doigts aujourd'hui quand il repense aux messages envoyés par ce qu'il appelle un «volcan de groupies» depuis l'attentat.

«Du jour au lendemain, je me suis retrouvé à être la boîte mail des victimes du 13 novembre». L'une de ses admiratrices, Audrey, 18 ans, raconte: «C'était le premier qui en parlait vraiment. II n'y avait aucun montage, on avait l'impression qu'il racontait ce qu'il s'était passé à des amis». Elle dit en avoir fait son «Justin Bieber», au point de chercher à tout savoir sur lui, ses proches, sa petite amie qu'elle a déjà contactée... Une autre groupie, Suissesse, abonde dans le même sens pour expliquer son admiration: «Il est celui qui m'a le plus touchée. En plus de sauver sa peau, il a pris un immense risque pour sauver la vie d'une jeune femme qu'il ne connaissait pas». Elle confie avoir installé chez elle un autel en hommage aux victimes avec poème, bougie et boule à neige de la tour Eiffel.

Et Jules n'est pas l'unique victime de ce harcèlement. Selon le quotidien d'autres jeunes hommes ont reçu, via les réseaux sociaux, des messages de soutien «souvent bienveillants, parfois insistants mais toujours néfastes au processus de reconstruction. Un autre survivant du Bataclan raconte avoir été rassuré au début «de voir qu'il y avait une empathie collective». Mais après des déclarations d'amour et de multiples intrusions dans sa vie privée il dit se sentir enfermé dans sa condition de rescapé du Bataclan. «En mai, je vivais un pur moment de bonheur (...) ­Jamais le Bataclan n'avait semblé aussi loin. Je n'y pensais plus», raconte-t-il. Mais un énième message de soutien l'a fait replonger dans l'enfer.

«Le fait d'avoir un contact réussi avec une ­victime offre la possibilité d'en parler avec plus d'acuité (...) En de­venant l'ami de­ celui qui a été au ­Bataclan, on est soi-même victi­me, on participe à la ­douleur», détaille au «Monde» l'historien Christian Delporte, spécialiste des médias, pour tenter d'expliquer le phénomène.

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!