Buenos Aires - Des rongeurs géants à l’assaut d’un quartier de superriches
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Buenos AiresDes rongeurs géants à l’assaut d’un quartier de superriches

En envahissant Nordelta, des capybaras ont relancé la lutte des classes sur fond de défense de la nature.

C’est la guerre à Nordelta, un quartier supersécurisé de ­Buenos Aires, dans lequel les très riches vivent dans de spacieuses résidences au milieu d’une nature grandiose ponctuée de lacs et de ruisseaux. Des capybaras, rongeurs géants qui atteignent 1 mètre de long pour un poids de 60 kilos à l’âge adulte, s’y sont installés. Ils ravagent les pelouses bien entretenues, mordent les chiens des habitants, provoquent des accidents de circulation et laissent des déjections un peu par­tout, relate «The Guardian». Certains habitants, excédés, ont sorti leurs fusils de chasse, incitant les autorités à leur interdire de toucher à un seul poil des «carpinchos», le nom local de l’animal.

Les «carpinchos» sèment la pagaille dans le faubourg cossu.

Les «carpinchos» sèment la pagaille dans le faubourg cossu.

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Justice sociale et environnementale

Ce problème a priori anecdotique a tourné à une véritable lutte des classes. Sur les réseaux sociaux, les «carpinchos» ont reçu un soutien massif et sont souvent qualifiés de péronistes, mouvement de justice sociale fondé au siècle passé. Ils sont vus comme une réponse de la nature à l’irrespect de l’humain pour les autres formes de vie – et, surtout, de l’élite pour les moins bien lotis.

Un point de vue que partage l’écologiste Enrique Viale, président de l’Association argentine des juristes pour l’environnement. Il commence par recadrer le problème: «Nordelta a envahi l’écosystème des «carpinchos», et pas l’inverse, rappelle-t-il. Ce site, situé dans la zone humide du Rio Paraná, n’aurait jamais dû être urbanisé. Cela enlève à la terre sa fonction absorbante, de sorte qu’en cas d’événement météorologique extrême, ce sont les quartiers environnants, plus pauvres, qui sont inondés. Comme toujours, les plus pauvres finissent par en payer le prix.» Et cela simplement pour que quelques très riches puissent profiter des meilleurs aspects de la nature, sans ses inconvénients tels que les moustiques, les serpents ou… les «carpinchos».

(aia)

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