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Cleveland dévastée par la criseDes SDF aident des familles à squatter

Si Christopher Jackson et ses collègues retapent des maisons, c'est avec des outils et des matériaux de récupération, et ce n'est pas leur métier: ils sont SDF et aident des familles sans-abri à trouver refuge sous un vrai toit, quitte à squatter.

Cleveland, dans l'Ohio (nord) est l'une des villes américaines les plus touchées par les saisies immobilières: une maison sur 13 est inoccupée et les arrêtés d'expulsion tombent au rythme de 300 par semaine.Christopher Jackson, 43 ans, lui-même SDF depuis plus de 10 ans, a décidé d'agir quand il a vu de plus en plus de familles affluer dans les refuges pour sans-abris de la ville, ravagée par la crise économique.«Nous avons des milliers de maisons vides partout dans cette ville. Elles sont juste vides. Ca n'a pas de sens quand les abris sont pleins chaque p... de nuit», s'exclame-t-il.Christopher Jackson et ses amis ont déjà aidé de nombreuses familles à s'installer dans ces maisons: ils ôtent le contreplaqué qui bouche les fenêtres, nettoient les jardins et les gouttières, sécurisent les installations électriques.Même si les familles vivent dans la peur constante de la police et se montrent méfiantes envers les inconnus, beaucoup ont réussi à squatter suffisamment longtemps pour économiser de quoi s'installer ensuite dans une maison avec l'eau et l'électricité. D'autres ont installé des générateurs et des réchauds à gaz.«Je sais que ça va mal partout, mais il est très clair que ce qui se passe dans l'Ohio est particulièrement affreux, et cette ville est en plein dedans», résume Peter Bellamy, qui dirige un programme local de prévention des saisies.Un quartier de la ville surnommé le village slave illustre particulièrement ses propos. Les balcons s'affaissent, la peinture n'a pas été refaite depuis des années, les maisons, abandonnées, sont sur le point de s'écrouler. Portes et fenêtres sont obturés et les jardins sont envahis de mauvaise herbe.Certaines maisons sont carbonisées, résultat de l'imprudence des squatteurs qui y ont fait du feu pour se réchauffer en hiver, quand ce ne sont pas des vandales qui les ont incendiées pour le plaisir. Aux enchères, vendre sa voiture rapporte plus que vendre sa maison dans cette ville dont le nombre d'habitants diminue à vue d'oeil.La municipalité va devoir débourser cette année 10 millions de dollars pour abattre des milliers de maisons dont les voleurs n'ont laissé que la carcasse.«J'ai visité ces maisons, et il ne reste pas le moindre élément de plomberie. Ils prennent les fenêtres, les ornements, les gouttières, les fils électriques, les placards, tout», raconte à l'AFP Michael Polensek, conseiller municipal.Beaucoup de ces maisons ne soient pas considérées comme habitables selon les critères du gouvernement, mais les autorités n'ont pas de solution d'hébergement pour ceux qui en ont été expulsés.La loi interdit aux centres pour sans-abris de refuser l'hébergement, et la pression monte. «Nous avons vu une hausse énorme du nombre de familles dans nos centres d'hébergement, énorme», souligne Brian Davis, un responsable de l'association Northeast Ohio Coalition for the Homeless. Ce qui ne l'a pas empêché de devoir licencier du personnel en raison de la crise.Dans d'autres villes, la municipalité se charge de réhabiliter les maisons saisies. A Cleveland, les sans-abris le font eux-même, souligne-t-il.«Il y a même des SDF qui deviennent des sortes d'agents immobiliers et installent des familles dans des propriétés sans danger», dit-il. «Le désespoir mène à des mesures vraiment originales». (afp)

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