Des SDF préfèrent être en prison
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Des SDF préfèrent être en prison

Certains SDF font le choix de se faire enfermer pour avoir un toit. Quitte à dormir dans la prison de Champ-Dollon surpeuplée.

«A un moment, j'ai craqué, j'étais à bout, confie Jack*. Je voulais juste me retrouver au chaud. J'ai lancé une pierre dans la vitrine d'une pharmacie. J'ai attendu l'arrivée de la police pour me faire coffrer. Avoir un toit sur la tête, c'est tout ce qui comptait pour moi.»

Pour certains SDF, se faire mettre en prison est devenu un moyen de dormir au chaud, d'être nourris, voire dans certains cas d'être soignés. «Ils connaissent le système et se passent le mot entre eux», explique un agent de sécurité qui a arrêté un SDF ayant dérobé de la marchandise dans le seul but de se faire arrêter. Le truc: il faut savoir que, pour moins de 300 fr. de vol, le larcin ne conduira pas en prison. «Cela ne m'étonne pas, ajoute Jean-Marie Viénnat, responsable du centre d'accueil Le Caré, certaines personnes sont dans une telle misère qu'elles n'ont plus d'autre solution que de se faire enfermer pour échapper à une précarité galopante.»

Dans le cas de Marco*, ce sont les contraventions des Transports Publics Genevois (TPG) qui auraient pu le conduire derrière les barreaux. «J'avais atteint la somme de 900 fr. en contraventions, le procureur m'a alors proposé deux solutions: soit j'acceptais un arrangement, soit je me faisais enfermer, et chaque jour d'enfermement déduisait mon ardoise de 30 fr. Cela signifie que j'aurais dû être emprisonné trente jours pour solde de tout compte... Je touche près de 1000 fr. par mois, desquels je dois ôter 200. Avec le reste je tente de tenir le coup et de me réinsérer.»

Shahïn Ammane

* Prénoms fictifs

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