Actualisé 10.06.2011 à 08:05

Syrie

Des soldats commettent des atrocités

Des vidéos de soldats syriens maltraitant des civils apparaissent sur internet au moment où l'armée lance une opération à Jisr Al-Choughour. La France et la Turquie dénoncent des massacres.

L'armée syrienne a lancé vendredi une opération dans le secteur de Jisr Al-Choughour (nord-ouest), théâtre de violences depuis plusieurs jours, a annoncé la télévision syrienne. Ces derniers jours les violences ont secoué la localité, où l'armée mène des opérations de ratissage depuis samedi.

Sur Youtube des images invérifiables montrent des soldats syriens s'en prenant à des civiles dans la région de Homs. Le Premier ministre turc a accusé vendredi le régime syrien «d'atrocités». De son côté le ministre français Alain Juppé a jugé «inacceptable» l'attitude de la Syrie qui massacre des civils.

«Des unités de l'armée ont commencé leur mission pour contrôler les villages voisins de la ville Jisr al-Choughour et arrêter les groupes armés», a annoncé la télévision, précisant que l'opération était menée «à l'appel des habitants».

La plupart des quelque 50000 habitants de cette localité située dans le gouvernorat d'Idleb (300 km au nord de Damas) ont cependant fui la ville cette semaine, qui était «déserte» mercredi, de crainte d'une opération militaire de grande envergure, selon des militants.

Lundi, les autorités syriennes ont affirmé que 120 policiers avaient été tués à Jisr al-Choughour par des «groupes armés», mais les militants des droits humains et différents témoins ont démenti cette version, certains affirmant que les policiers avaient été tués lors d'une mutinerie au QG de la Sécurité.

Dimanche, 35 personnes - 27 civils et 8 agents des forces de l'ordre - avaient été tuées à Jisr al-Choughour et dans les villages voisins, où des opérations militaires et sécuritaires avaient lieu depuis samedi, selon le chef de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, Rami Abdel-Rahmane.

Milliers de réfugiés

Un millier de Syriens ont franchi la frontière turque dans la nuit de mercredi à jeudi, portant le nombre total de réfugiés à 1800 depuis le début des manifestations anti-gouvernementales en Syrie à la mi-mars. A 20km de la frontière, des troupes d'élite syriennes faisaient mouvement pour encercler la ville de Jisr al-Choughour (nord), théâtre de manifestations, probablement en prélude à un assaut.

Selon un responsable de la province de Hatay, dans le sud de la Turquie, un millier de réfugiés syriens ont franchi la frontière entre mercredi soir et jeudi matin, à Altinozu et Guvecci. Les autorités turques ont vérifié leurs identités avant de les acheminer vers un camp de réfugiés d'une capacité d'accueil de 5000 personnes dans la localité voisine de Yayladagi.

Deuxième camp à l'étude

La mise en place d'un deuxième camp est à l'étude à Altinozu, a ajouté ce responsable, sous le couvert de l'anonymat. Un photographe de l'Associated Press a constaté que des dizaines de réfugiés, certains à moto et d'autres dans des camionnettes, attendaient de l'autre côté de la frontière, dans l'espoir de rejoindre eux aussi la Turquie.

Des ambulances attendaient à Yailadagi pour évacuer vers les hôpitaux d'éventuels blessés au cours de la répression en Syrie. Parmi les arrivants à Guvecci figuraient Ahmad et plusieurs jeunes gens originaires de Jisr al-Choughour. Ils ont expliqué à un journaliste de l'AP à Guvecci qu'ils venaient chercher de la nourriture et des couvertures pour leurs proches se trouvant encore du côté syrien.

Un des jeunes gens a précisé qu'ils étaient arrivés avant l'aube et traverseraient la frontière la nuit pour éviter d'être repérés par les soldats turcs. D'après Muhammad, 19 ans, des centaines de Syriens attendaient à la frontière, «indécis sur le fait de savoir s'ils allaient en Turquie ou non».

«Porte ouverte aux Syriens»

«Nous laisserons la porte ouverte à tous les Syriens cherchant à se réfugier dans notre pays», a déclaré jeudi le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan. «Il est hors de question de fermer nos portes alors que les décès se multiplient (en Syrie)», a-t-il ajouté. Les deux pays possèdent une frontière commune de 850km.

A 20km de là, en Syrie, une unité d'élite de l'armée syrienne a encerclé Jisr al-Choughour, ne laissant ouverte que la route vers la frontière turque, selon le militant syrien pour les droits de l'Homme Mustafa Osso. «Les renforts sont au complet et l'armée pourrait donner l'assaut à tout moment», a expliqué M. Osso à l'AP après avoir parlé à des contacts dans la région.

Le quotidien pro-gouvernemental «Al Watan» a de son côté affirmé que l'armée était mobilisée en prévision d'une confrontation de plusieurs jours dans la province d'Idlib contre 2.000 hommes armés. «Al Watan» a reconnu mercredi que les forces syriennes avaient perdu le contrôle de vastes secteurs dans cette province où se trouve Jisr al-Choughour et où, selon le gouvernement, 120 membres des forces de sécurité ont été tués par des «groupes armés».

Les militants des droits de l'Homme font eux état d'affrontements entre militaires loyalistes au régime du président Bachar el-Assad et soldats ayant fait défection pour ne plus participer à la répression contre les civils. Ces informations ne pouvaient été vérifiées de sources indépendantes, le régime censurant sévèrement les médias locaux et ayant expulsé les journalistes étrangers.

A Genève, la Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'Homme, Navi Pillay a accusé la Syrie de «matraquer sa population jusqu'à la soumettre», en faisant donner les chars, l'artillerie et des tireurs embusqués ouvrant le feu sur les manifestants. (20 minutes/ap/afp)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!