Actualisé 06.12.2019 à 09:24

VaudDes sous et pas de prison pour le dealer repenti

Un ancien trafiquant de drogue italien mouillé dans une vieille
affaire sera dédommagé à cause des conditions de sa
détention avant jugement.

de
Abdoulaye Penda Ndiaye
L'ancien dealer était aussi un consommateur de coke. Mais il s'est remis sur de bons rails.

L'ancien dealer était aussi un consommateur de coke. Mais il s'est remis sur de bons rails.

Ugo* est revenu en Suisse en avril pour sceller son idylle avec une amie d'enfance retrouvée sur le web. Mais, lors du contrôle à la douane, le quinqua italien établi en France tombe des nues. Celui qui était pressé d'aller récupérer deux alliances commandées dans une bijouterie de la Riviera et demander la main de son amie se retrouve avec des menottes. Il est jeté en zone carcérale, à la Blécherette. Rattrapé par une vieille affaire de stups pour laquelle il avait été jugé par défaut et condamné à 5 ans de prison (lire encadré)... en 2002!

Du rêve de bague pour son amie aux menottes

L'ancien dealer natif de la Riviera affirme avoir quitté la région au début des années 2000 par crainte des représailles de ses fournisseurs, à qui il devait des sous. Il n'aurait découvert son histoire pénale que lors de son arrestation à la douane. Sur de bons rails depuis près de vingt ans, Ugo a demandé un nouveau jugement. En juillet, le Tribunal de Vevey a estimé que l'infraction grave à la loi sur les stups est prescrite. Ugo ayant été détenu avant jugement dans des conditions illicites, la Cour lui a alloué 19 250 francs.

Le procureur, qui avait requis une peine avec sursis, a fait recours au Tribunal cantonal. Jeudi, au terme d'un «deal» qui a vu les juges jouer aux facilitateurs entre la défense et le procureur, Ugo s'est vu attribuer 2000 fr. d'indemnité pour tort moral. Soit presque dix fois moins que ce que la Cour de Vevey avait décidé. Mais pour le quinquagénaire italien, l'essentiel est ailleurs: désormais, il peut tourner la page la plus sombre de son existence et se réjouir de son prochain mariage.

*Prénom d'emprunt

Une procédure longue et compliquée

La prescription d'une infraction grave à la loi sur les stups a lieu au bout de quinze ans. Mais elle ne court plus si un jugement de première instance a eu lieu. Selon Me Ludovic Tirelli, celui de 2002 n'en est pas un. «Mon client ne s'est pas absenté de manière fautive et sa réinsertion force le respect», a-t-il soutenu. Une récente jurisprudence lui donne raison. Le procureur a renoncé à requérir une peine.

Convoqué, jugé et condamné à son insu

Entre 1998 et 2000, le dealer aurait écoulé près de 500g de coke pure. Ugo était dans une spirale dévastatrice: problèmes familiaux, rupture sentimentale, toxicomanie... Durant toute l'enquête pénale, il n'a jamais été entendu ni par la police ni par le magistrat instructeur. Fin 2000-début 2001, il quitte la Suisse les mains vides et part à l'aventure entre l'Italie, l'Espagne et la France. Sans laisser d'adresse. Il est convoqué au Tribunal via la Feuille des avis officiels.

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