Lucerne: Des tests ADN en masse pour retrouver le violeur?
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LucerneDes tests ADN en masse pour retrouver le violeur?

L'agression non élucidée, d'une femme de 26 ans, émeut au point que des propositions extrêmes, mais légales, sont évoquées.

par
David Maccabez

Le viol d'une cycliste, le 21 juillet dernier à Emmen (LU), fait grand bruit depuis deux semaines. Sa victime risque de rester paralysée à vie et son auteur est toujours introuvable.

De quoi semer l'émoi jusque dans la classe politique: dans la «Zentralschweiz am Sonntag», la conseillère d'Etat thurgovienne PDC Brigitte Häberli-Koller appelle les autorités lucernoises à «prendre l'ADN de tous les hommes de la commune», qui compte près de 30'000 habitants.

Ce à quoi à répondu Simon Kopp, porte-parole de la police lucernoise au «SonntagsBlick»: «Il est trop tôt pour prendre ce genre de décision. Nous attendons que la victime nous en dise plus sur son agresseur. De plus, nous ne sommes pas sûrs qu'il vienne de la région.» Peu après l'agression, elle n'avait pu que le décrire comme parlant mal l'allemand, mesurant entre 170 et 180 cm, mince et au teint clair.

Reste que la mesure, si elle peut paraître extrême, est envisageable. Le code de procédure pénale et la loi fédérale sur l'utilisation de profils d'ADN le permettent, si le Ministère public en fait la demande et si un tribunal donne son aval. Et des tests de masse ont déjà été ordonnés en Suisse romande (lire encadré).

Mais peut-on refuser de s'y plier? «A priori non. Il s'agit d'une décision de justice», explique le Ministère public vaudois. «Il faut servent autant à identifier les coupables que les innocents. Ces derniers n'ont aucun intérêt à le refuser», précise l'autorité judiciaire, qui ajoute qu'ils servent aussi à éviter les psychoses et faire taire les rumeurs. En revanche, dans certains cas, la police est autorisée à prendre de l'ADN sans autorisation préalable. Dans ce cas, un refus est envisageable. Mais un tribunal peut ordonner le prélèvement.

Un élan de solidarité pour la victime

Le sort de la femme de 26 ans agressée à Emmen a ému la Fondation suisse pour paraplégiques et un privé, qui a souhaité rester anonyme. Selon la «Neue Luzerner Zeitung», un compte a été ouvert afin de recueillir des dons permettant de financer son traitement. Désarçonnée de son vélo par son violeur, elle avait dû être opérée d'urgence. Le Centre suisse pour paraplégiques de Nottwil (LU) a annoncé qu'elle est touchée au tronc, aux bras et aux jambes. Un diagnostic définitif est attendu ces prochains mois.

Le coupable n'est pas forcément retrouvé

Entre 1993 et 2000, le «violeur à la cagoule» a sévi en Valais. Dans ce cas, l'ADN de près de 1500 personnes a été analysé. «C'était presque devenu un acte citoyen de se faire tester» confie Jean-Marie Bornet, porte-parole de la police cantonale. Mais le coupable court toujours et le 27 août, les faits seront prescrits. En 2000, le viol de trois ados avait secoué l'Aiglon College à Villars (VD). Près de 170 personnes (élèves, enseignants, concierges) avaient donné leur ADN, mais le coupable n'a été pincé qu'en 2007, lorsque son profil est apparu dans une affaire similaire à Olten (SO).

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