Attentats à Paris: Des tueurs affiliés au jihad global mais autonomes
Actualisé

Attentats à ParisDes tueurs affiliés au jihad global mais autonomes

Même s'ils ont clamé leur affiliation à al-Qaïda et à l'EI, les tueurs de Paris ont probablement agi de façon autonome, choisissant seuls leurs cibles et leurs moyens d'action.

1 / 293
05.01.2017 De courtes et sobres hommages, avec dépôts de gerbes et minutes de silence, ont eu lieu jeudi à Paris en mémoire des victimes des attentats de janvier 2015 contre l'hebdomadaire «Charlie Hebdo»...

05.01.2017 De courtes et sobres hommages, avec dépôts de gerbes et minutes de silence, ont eu lieu jeudi à Paris en mémoire des victimes des attentats de janvier 2015 contre l'hebdomadaire «Charlie Hebdo»...

AFP/Eric Feferberg
...et le magasin Hyper Cacher, qui avaient fait 17 morts.

...et le magasin Hyper Cacher, qui avaient fait 17 morts.

AFP/Eric Feferberg
27.08.2016 Le beau-frère de l'un des auteurs de l'attaque contre Charlie Hebdo a été mis en examen pour «association de malfaiteurs terroriste en vue de préparation d'actes de terrorisme».

27.08.2016 Le beau-frère de l'un des auteurs de l'attaque contre Charlie Hebdo a été mis en examen pour «association de malfaiteurs terroriste en vue de préparation d'actes de terrorisme».

Les jihadistes ont obéi aux consignes données depuis des années par le mouvement jihadiste global, qui sont : «Passez à l'action, à vous de voir comment, nous revendiquerons ensuite». «Ce qui s'est passé résulte des appels de l'Etat islamique à passer à l'action, de l'expansion de l'Etat islamique qui fait que certains qui se voulaient d'al-Qaïda ont voulu se manifester et reprendre le flambeau», assure à l'AFP un responsable de la lutte antiterroriste.

«Les frères Kouachi se revendiquent très clairement d'al-Qaïda dans la péninsule arabique (ndlr, Aqpa). Tout cela est à mon avis très confus dans leurs têtes et je ne pense pas qu'ils obéissent à quelque ordre que ce soit. Ils obéissent avant tout à ce que j'appellerais un effet d'entraînement», ajoute-t-il.

Dans des vidéos, des discours, des textes mis en ligne, al-Qaïda, ses différentes organisations affiliées et, plus récemment, le groupe Etat islamique, appellent des volontaires dans les pays occidentaux à «frapper les mécréants». Dans son cyber-magazine en anglais, «Inspire», Aqpa, dont se sont réclamés les frères Kouachi, demande: «Et vous, les loups solitaires, qu'attendez-vous ? »

«Un peu ensemble, un peu séparées»

«Quand il est allé au Yémen, Chérif Kouachi a dû rencontrer (l'islamiste américano-yéménite) Anwar al-Awlaki, qui lui a sans doute donné un peu d'argent pour réfléchir à une cible en Europe, et puis après les deux frères ont choisi Charlie Hebdo», estime Romain Caillet, expert des mouvements jihadistes, joint au téléphone depuis Beyrouth.

Dans son testament et sa revendication vidéo, mise en ligne dimanche, Amédy Coulibaly déclare, à propos des frères Kouachi : «On a fait les choses un peu ensemble, un peu séparées, pour que ça ait plus d'impact. Je les ai aidés dans leur projet en leur donnant quelques milliers d'euros pour qu'ils finissent de boucler ce qu'ils avaient à acheter».

«S'ils avaient été financés par Aqpa, je ne pense pas qu'ils auraient été à quelques milliers d'euros près», ajoute Romain Caillet. «Aqpa a revendiqué l'action des frères Kouachi, parce qu'ils ont voulu le faire avant que l'Etat islamique ne le fasse. Mais l'EI avait son joker, la vidéo de Coulibaly, disant qu'il avait financé les autres».

«Les relations entre l'EI et al-Qaïda, c'est compliqué»

«Les relations entre l'EI et al-Qaïda, c'est compliqué. En Syrie, par endroits ils se combattent jusqu'à la mort et ailleurs ils font des opérations communes. Cela dépend des personnes, des enjeux locaux. En France, ça dépend plutôt des égos de chacun», ajoute-t-il.

Inciter de petites cellules, souvent familiales comme à Paris ou à Boston avec les frères Tsarnaïev, auteurs de l'attentat contre le marathon, à passer à l'action sans les diriger à distance, se contenter de les motiver avant et les louer après comme martyrs de la cause, est la garantie pour al-Qaïda ou l'EI de disposer de groupes difficilement détectables, qui ne vont pas communiquer, recevoir de l'argent ou des instructions, ce qui serait autant d'occasions de se faire repérer.

«Cela dit, tous ceux qui font allégeance à l'Etat islamique ne vont pas commettre des attentats» ajoute Romain Caillet. «Ce sont d'abord des sympathisants. Je dirais qu'il y a un maximum de 5000 jihadistes, à tout casser, en France, dont l'écrasante majorité n'ira pas en Syrie ou ne commettra pas d'attentat. Ce qu'ils font c'est d'abord se défouler sur internet. Sur ce chiffre, plusieurs centaines de personnes sont susceptibles de passer à l'action, soit en Syrie soit en France. Et sur ces centaines, quelques dizaines sont effectivement dangereuses».

Dans un rapport publié lundi, le think-tank new-yorkais Soufan Group estime que désormais «l'affiliation à un groupe spécifique a été supplantée par l'affiliation à une idéologie», alimentant une «tactique dite de la meute de loups , qui est bien adaptée aux actions menées par de petites équipes, qui demandent pour réussir de la planification mais des compétences limitées». (afp)

Le CSA convoque radios et télévisions après les attentats

Les chaînes de télévision et les radios ont été convoquées à une réunion sur leur traitement des attentats de la semaine dernière et de leurs suites, annonce lundi le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). Certains de ces médias ont été critiqués notamment par les familles d'otages. «Le Conseil a décidé de convier les télévisions et les radios assurant une fonction d'information à une réflexion commune sur les questions et les difficultés qui ont pu être soulevées par l'accomplissement de leur mission», dit le CSA dans un communiqué.

Lors de la traque des suspects de l'attentat contre «Charlie Hebdo» et du meurtre d'une policière près de Paris, puis durant les prises d'otages conclues par deux assauts simultanés, les médias avaient été appelés à la prudence et à ne pas donner d'informations susceptibles d'être utiles aux suspects.

Plus de 50 actes antimusulmans en France depuis l'attentat

Plus d'une cinquantaine d'actes antimusulmans ont été recensés en France depuis l'attentat djihadiste contre «Charlie Hebdo» mercredi, a annoncé lundi à l'AFP l'Observatoire contre l'islamophobie du Conseil français du culte musulman (CFCM). Celui-ci appelle l'Etat à «renforcer la surveillance» des mosquées. Selon le président de cet observatoire, Abdallah Zekri, citant des chiffres émanant du ministère de l'Intérieur, 54 actes antimusulmans ont été comptabilisés depuis mercredi, qui se ventilent en 21 «actions» (tirs de pistolet à grenaille, grenades à plâtre, explosion dans un kebab jouxtant une mosquée...) et 33 «menaces» (insultes notamment). Ce décompte est encore partiel. Il ne comprend pas Paris et sa banlieue, ni le début d'incendie survenu dimanche soir sur le site de la mosquée en construction de Poitiers (centre), a précisé le responsable musulman.

Ton opinion