Afghanistan - Des universités vides pour une rentrée scolaire sous le joug taliban
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AfghanistanDes universités vides pour une rentrée scolaire sous le joug taliban

Depuis l’instauration par les talibans du niqab obligatoire et de la non-mixité dans les classes, les étudiants désertent les universités de Kaboul. Les institutions sont également sans nouvelles d’une bonne partie des élèves.

Les universités ont rouvert leurs portes, mais les étudiants sont absents pour la plupart d’entre eux. La faute aux nouvelles règles édictées par le pouvoir taliban.

Les universités ont rouvert leurs portes, mais les étudiants sont absents pour la plupart d’entre eux. La faute aux nouvelles règles édictées par le pouvoir taliban.

AFP

Tout sauf une rentrée normale: sommées par le nouveau pouvoir taliban d’imposer la non-mixité des classes et le niqab aux étudiantes, des universités privées de Kaboul étaient largement désertées lundi, sans nouvelles de bien des élèves.

«Il n’y a personne, pas d’étudiants», commentaient dans la matinée à l’AFP les gardes de deux établissements, alors que deux autres annonçaient une très faible fréquentation.

«La plupart de nos étudiants ne sont pas là», abonde auprès de l’AFP Reza Ramazan, professeur d’informatique à l’université Gharjistan de Kaboul. «On ne sait même pas s’ils sont encore dans le pays», observe-t-il, les Afghans éduqués ayant pris par dizaines de milliers le chemin de l’exil depuis le soudain retour au pouvoir des talibans.

«La plupart de nos étudiants ne sont pas là.»

Reza Ramazan, professeur d’informatique à l’université Gharjistan de Kaboul

Quant aux autres, «ils craignent les talibans et ne savent désormais plus de quoi leur avenir sera fait», après deux décennies de hausse de la scolarisation.

Femmes acceptées mais sous strictes conditions

La veille, les talibans, qui autrefois interdisaient aux femmes d’étudier, avaient annoncé les accepter désormais dans les universités privées – rien n’a encore été annoncé du côté public -, mais sous de strictes conditions.

Les étudiantes sont ainsi fermement invitées à porter une tunique noire ample et longue couvrant les cheveux (abaya) et un voile ne laissant voir que les yeux (niqab). Et à étudier hors de la vue des hommes: dans une classe juste pour elles si elles sont plus de 15, dans une classe où elles sont séparées des hommes si elles sont moins de 15.

«Ces décisions nous ont été imposées, nous ne pouvions pas nous y opposer.»

Jalil Tadjil, porte-parole de l’université Ibn-e Sina

Certains établissements ont obtempéré, comme la faculté d’économie de Ibn-e Sina, qui a installé dans ses classes, face au professeur, un rideau séparant les garçons des filles.

«Ces décisions nous ont été imposées, nous ne pouvions pas nous y opposer», a expliqué à l’AFP Jalil Tadjil, le porte-parole de l’université, en précisant que son établissement avait également aménagé deux entrées séparées pour les hommes et les femmes. Mais très peu d’étudiants sont venus lundi «en raison du climat incertain», admet-il.

Verre à moitié plein

Même faible affluence dans les cinq étages de coursives qui cernent le patio sous la grande verrière de l’université kaboulie de Gharjistan, où trône une grande photo de quatre étudiants, en costume-cravate, vainqueurs d’un concours informatique interuniversités.

«Sur nos 1000 étudiants, moins de 200 sont là», explique à l’AFP Noor Ali Rahmani, directeur de l’établissement. Dimanche, lors de la réunion au ministère, son université a clairement exprimé son désaccord aux talibans, affirme-t-il.

«Sur nos 1000 étudiants, moins de 200 sont là.»

Noor Ali Rahmani, directeur de l’université kaboulie de Gharjistan

«Nous avons dit que nous n’acceptions pas (le niqab) car c’est trop difficile à imposer, nos étudiantes portent le foulard (hijab), pas le niqab. Nous leur avons aussi dit que cela n’était pas ce que disait le Coran.»

Les nouveaux maîtres du pays veulent également que seules des femmes, ou des hommes «âgés» dont la moralité aura été passée au crible, soient autorisés à donner des cours aux étudiantes. Mais à partir de quand un enseignant peut-il être considéré comme âgé, au-dessus de toute morale? Face à ce casse-tête qui lui semble surréaliste, Noor Ali Rahmani secoue la tête, désabusé.

Que faire? Lui souhaite que la communauté internationale, traditionnel soutien économique de ce pays pauvre, «fasse pression sur les talibans» pour qu’ils assouplissent leur politique, «sinon nos étudiants ne l’accepteront pas, et nous devrons fermer l’université».

Un avenir bien sombre

L’un de ses étudiants en informatique, Amir Hussain, 28 ans, confirme que l’arrivée des talibans a considérablement assombri les perspectives des étudiants, mais sans pour autant prédire la fermeture de l’université. «Ceux qui peuvent partir à l’étranger partiront», ajoute-t-il. «Mais les autres devront suivre les règles, ils n’auront pas le choix, sinon ils seront punis.»

«Ceux qui peuvent partir à l’étranger partiront mais les autres devront suivre les règles, ils n’auront pas le choix, sinon ils seront punis.»

Amir Hussain, étudiant en informatique.

D’autres voix se voulaient plus positives, voyant plus le verre à moitié plein et les progrès faits par les talibans en matière d’acceptation de l’éducation des femmes.

«Aujourd’hui j’ai parlé à des étudiantes, elles sont heureuses d’aller à l’université, même voilées. Cette ouverture des talibans est un progrès essentiel», a ainsi tweeté Zuhra Bahman, qui dirige des programmes éducatifs pour les femmes depuis des années dans le pays.

(AFP)

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